K-Paradox

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Chaque fois que Jeff Balek me contacte, je m’inquiète. J’ai toujours peur de sa dernière idée, m’en voulant de ne pas l’avoir eu avant, et redoutant qu’il m’y fasse participer. Et ça n’a pas loupé. Après avoir reçu un mail présentant un bref synopsis, une présentation du personnage à interpréter, des dates de jeu, un outil, Twitter, un objectif, tenu secret. Damned, de quoi mettre l’eau à la bouche. Et un pitch à m’exciter les papilles : un effondrement psychologique d’un patient qui s’effondre sur lui-même, avant de sombrer dans le coma.

Avec #Allsinners, une première participation à une twittfic, je savais que les Followers appréciaient moyennement le flood massif (d’ailleurs Jeff recommandait d’y aller mollo :)) ; il a fallu donc chercher une manière simple de raconter ça en peu de publication. compliqué. Mais pas infaisable, à la condition d’être concis et simple, c’est-à-dire en limitant les scènes, les interactions et allant « un peu vite ». Défi intéressant car les effondrements psychologiques, j’aime bien.

Second point, ayant par avance la trame des évènements, il était facile de réfléchir à la vitesse à laquelle s’effectuait cet effondrement. Sauf qu’en fait non : une Twittfic, c’est un jeu d’impro. Pas de plan, pas de notes, un exercice de style de production immédiate, instinctive, pleine de fautes d’orthographes.

Bref, lecteur assidu de ce blog, voici le texte mis en ligne durant ces trois jours de tweets.

Bonne lecture.

– 1 jour –

Et me voilà dans cette chambre… d’hôpital, avec un produit expérimental dans les veines.

En vérité, c’est une imitation de chambre d’hôpital. Ce n’est ni plus ni moins qu’une cage pour rat géant.

Cage numéro 6. Rat numéro 6. N’en manque plus qu’un pour que la fête soit complète…

La cage est suffisante pour les trois prochains jours : lit, douche, chiotte, un vrai paradis en miniature.

En fait, les lieux ressemblent à mon ancien bureau. Celui où j’ai pondu mon premier roman. Mon unique.

Celui qui m’a fait croire que c’était possible. Et depuis, que de mauvais textes. Des lignes méprisables, médiocres…

Qui m’ont trainé dans la misère. J’ai besoin de vivre à nouveau. De me remplir.

C’est à ce prix que je pourrais me retrouver. Et redevenir celui que j’étais. Avec l’argent que je possédais.

Alors voilà, je me suis inscrit pour ce test. Je vais vivre une aventure, me mettre en danger…

Et je le ferai derrière cet écran gentiment prêté par M Kane. A bien y regarder, le dernier 6 est sur le clavier.

La fête est complète.

Mary Wonder. Presque un nom biblique. Elle était tout sourire pour accueillir les autres rats.

Elle a cherché à nous rassuré, nous expliquant ce que nous allions nous faire injecter. Des nanobots.

Qu’importe, pourvu que l’argent soit versé. Inoffensifs. Encore heureux. J’ai une carrière à relancer.

Quand les seringues pleines de liquide noir nous ont été présentées, un silence pesant s’est abattu.

La peur avait pris possession de la pièce. Finit les sourires, les discussions excitées la curiosité,

retour à la réalité d’un essai clinique. Et la prise de conscience qui en découle.

A savoir que nous leur louons notre santé, et que nous espérons qu’ils ne déconneront pas avec.

L’injection est un moment désagréable comme un autre. Interdiction de l’accompagner d’un ptit coup.

Dommage, ça s’y prêtait bien : à la santé de Kane !

Puis la douleur. Comme une contracture froide. Je me frotte le bras, tout en retournant dans ma chambre.

Et retour derrière l’écran, pour témoigner sur cet ordinateur. C’est étrange que d’écrire… pour ne pas écrire.

Ce n’est pas une narration, juste un journal de bord. Et j’en suis pourtant le personnage principal.

Je suis mon propre personnage. Comme dans une mauvaise auto-fiction.

Allez, trois petits jours. Ce sera vite fait, et vite oublié.

Le repas, dans le réfectoire commun .Les autres ont des tronches incroyables. Triées sur le volet. Pour un film d’horreur.

Pour un peu, ça filerait des idées : autant de personnes, un test foireux, ça ferait un bon slasheur…

Les plateaux repas nous arrivent. Des aliments encore emballés. Et à les voir, je ne le suis pas vraiment – emballé…

Pire que dans un hôpital. Ma voisine râle. Une grande gueule. Une de ces nanas habituées à l’ouvrir.

J’entrouvre les sachets, les odeurs simulées par atomes artificiels me parviennent et me rappelle mon dernier repas.

Mon dernier vrai repas. Ce devait il y a trois semaines, quand je disposais encore d’argent sur mon compte.

Un coup de fourchette, je goûte et finalement, je me demande si ce n’est pas la bouffe qui est expérimentale.

Ca se confirme, cette nénette n’est pas nette : limite agressive, elle aboie plus qu’elle ne parle.

Elle m’a l’air pourtant sympathique. J’aime les chieuses. Avec elles, on s’emmerde jamais.

Un petit coup de flotte… et je me rends compte que mon bras me fait toujours souffrir. Ptete une allergie.

J’en parlerai à l’infirmier. Ou l’infirmière.

Je passe sur le fromage… douteux, pour finir par une crème dessert qui n’a jamais vu l’ombre d’une vache.

On est loin de la qualité bio. En même temps, les nano-bots, si ça se trouve, ils le sont.

Et voilà, repas vite expédié, moment de détente sous les caméras de Kane. Un petit coucou pour le patron.

Nous avons beau être ces rats, nous n’en sommes pas moins éduqués.

Mes voisins de table commencent à m’inquiéter. Finalement, je suis pressé de retrouver ma cellule…

Qui a bien pu faire le casting de cette expérience ? Et pourquoi avoir choisi de tels profils ?

On se croirait d’un de ses vieux programmes de télé-réalités. Sauf que nous en sommes les acteurs.

Inconscient de notre rôle à jouer. Manipuler par ce labo… Faut vraiment que je me repose. Je débloque.

couché, je fixe le faux-plafond, attendant que le temps passe. Mes pensées voguent.

Jusqu’au moment où la quiétude de cette cage m’apaise et m’endort.

Lorsque la porte s’ouvre sur l’infirmier, je suis entre deux mondes, surpris, pas frais.

– On viens voir si tout va bien ! me lance-t-il. Puis il m’examine. Je me laisse faire, à moitié groggy.

Et il s’en va comme il est venu, énergique, distant. Un bon technicien. Presque inhumain.

Cette inhumanité, cette distance froide, me fait du bien. Loin de mon éditeur, de mes lecteurs qui me détestent ;

des journaux qui me chient dessus et de mon banquier qui ne cesse de m’appeler, je me sens bien.

Je devrais sérieusement considérer le fait d’entrer interné. Ou emprisonné. La vie serait tellement plus calme…

La douleur qui m’étreignait le bras s’étend à l’épaule. Et j’ai beau le remuer, la sensation reste présente.

Par contre, j’ai la main moins sensible. Presque ankylosée. Et un léger mal de crâne.

Si ça continue, je féliciterai Kane moi-même, merci d’avoir inventé les nano-bots qui fourguent la gueule de bois !

Vous avez accompli un pas de plus vers une humanité meilleure… Pourquoi suis-je là déjà ? Ah oui, l’argent…

La douleur est plus intense. Pour ne plus y penser, je me suis mis derrière l’écran.

Une chaise, un clavier, taper un texte et je suis heureux. Ma concentration est telle que j’oublie mes ennuis.

Tel un alcoolique qui s’éloigne du monde à grands renforts de grammes, j’utilise les mots pour me sortir d mes emmerdes

Focus donc. Tapons n’importe quoi, mais tapons.

Et chassons cette migraine qui me fait parler à la première personne du pluriel

La mégalomanie, c’est pour les jeunes pleins d’espoirs. Les vieux comme moi veulent juste s’en sortir.

Impossible d’écrire. Impossible de réfléchir. La migraine est plus aiguë. J’ai l’impression de subir une trépanation.

J’essaie bien de focaliser, mais c’est peine perdue. Ces nano-trucs ne sont pas si inoffensifs.

Ils me bouffent de l’intérieur. J’ai tenté d’appeler un quelqu’un, j’ai filé des grands coups à la porte, mais non

personne n’est intervenu. Cette expérimentation prend une tournure inquiétante. Intéressante, mais inquiétante.

Comme toujours, je me suis laissé embarquer dans une aventure malgré moi.

A l’image de ce contrat d’édition qui m’obligeait à écrire 4 livres. Une servilité contractualisée.

Qui a tourné à la guerre lorsque j’en fus incapable. « Vous êtes un incapable, un con » disait mon éditeur. Robb.

Un nom à écrire de la fantasy de gare. Putain oui que je suis con, sinon je n’aurai pas signé ce torchon.

Et quand je me suis retrouvé en service presse, tellement stressé que j’avais avalé le quart d’une boutanche de sky…

J’étais pas con là aussi ? Ces journalistes se foutaient de moi. J’étais leur jouet. Ils étaient les chiens.

En une conf, j’ai perdu toute crédibilité. Mon nom a fini dans le caniveau, tout comme a ma carrière.

Alors putain de nano-merde, foutez-moi la paix. J’ai assez donné !

Si seulement il y avait de l’alcool dans cette piaule…

– Jour 2 –

Nuit exécrable, enfermé entre ces quatre murs, à savourer ma migraine, et à fixer le prompt de l’ordi.

Mes pensées grondent sous cette coupe de souffrance.

Les visages de mes persécuteurs ne cessent de venir et revenir me hanter.

Que des gens bien, propres sur eux, et bien intégrés, juste inhumains en fait.

Préoccupés par leur rentabilité, leur taux d’expansion, leur croissance dans leur secteur, ils m’ont broyé.

Ils m’ont fait perdre le plaisir d’écrire. De vivre même. Con de gens bien.

« Il fallait respecter ton contrat ! ». La voix provient de la douche.

« Vous auriez dû économiser ». Cette fois, la voix parle depuis le lit. Et je reconnais son intonation.

Il s’agit de la gamine de l’agence, celle avec son décolleté plongeant, pour mieux m’entourlouper.

« Tu aurais dû poursuivre tes études ».

« Papa ? » dis-je.

« Lève toi fiston. C’est l’heure du petit déjeuner. Ta mère nous attend. »

La porte s’ouvre sur l’infirmier qui m’inviter à le suivre. Direction le réfectoire. Où les autres rats sont là.

Hagards. Crevés. Laids. Déformés.

« Mange bien, reprend papa ; on s’occupera de tes problèmes ensuite. »

J’obéis.

Le repas est vite expédié. Je n’ai pas envie de parler, pas plus que les autres.

Papa a disparu. Je finis tout de même les plats comme il me l’a enseigné.

Le personnel médical nous surveille. Certains semblent nerveux. Faut dire que les autres rats font peur.

Leurs traits se sont creusés, leur teint a viré au blafard, on jurerait qu’ils n’ont pas dormi.

Que l’expérience inoffensive les dévore de l’intérieur.

Certains d’ailleurs ont de vilaines marques sur leurs bras droits. Comme si l’injection le leur faisait pourrir.

Puis je retrouve ma chambre. Le sol tangue un peu. Je m’appuie sur les murs.

Pourrais-je avoir de l’aspirine, demandé-je à un aide soignant.

« Impossible monsieur. Cela pourrait compromettre l’expérience ».

Il me sourit pour me réconforter, espérant que cette grimace sociale me réchauffe le coeur.

Crétin de toubib.

Lorsqu’il referme la porte derrière moi, je crois entendre une clef dans la serrure.

Vous m’enfermez ? dis-je.

« Pour votre sécurité monsieur »

Deux possibilités : ou je suis dangereux, ou les autres le sont devenus… Aucune de deux n’est réjouissante.

« Tu n’as jamais été dangereux » me balance Papa.

« Tu n’étais qu’un gamin frivole et irresponsable, comme tous les gamins »

Il est assis sur le lit, avec son journal, toujours le même…

« Tu n’étais rien, et je t’ai fait ».

J’étais quelqu’un ! Je suis quelqu’un !

« Sans moi, tu ne serais jamais devenu écrivain. Ton best seller, tu me le dois. »

J’en ai mal au crâne, mes mains tremblent et je le dévisage, avec l’envie de lui sauter à la gorge.

Il jette son journal, se lève et se rapproche.

Lorsque son nez frôle le mien, il reprend :

« Si je n’avais pas tué toutes ses femmes, sur quoi aurais-tu écrit ? Alors Lilian ? SUR QUOI ! »

Je recule, tombe sur la chaise et m’effondre. Il est au dessus de moi, les mains sur les hanches.

Il me toise. Et je redeviens l’enfant incapable de bouger quand montaient des cris de la cave.

Je me plaque les mains sur les oreilles et commence à pleurer.

Il ajoute : « tu aurais pu devenir un homme tel que moi. Mais tu n’en as pas le cran. Tu n’es qu’un rêveur »

« Un scribouillard qui fantasme au dessus de son clavier ».

Je cherche mes mots, mes pensées, mon être.

Je me frappe le visage.

Papa n’est plus là. Je reste au sol. Tremblant. Prostré. Position fœtale. En larmes.

La crise est passée. Je tremble toujours. La migraine est toujours là, et je dois avoir de la fièvre.

J’ai vomi sur le sol. J’ai eu beau appeler, personne n’est venu nettoyer. Les draps ont fait l’affaire.

De toute manière, il règne ici une chaleur étouffante. Je n’arrête pas de boire au robinet.

Je me passe aussi de l’eau sur la visage. Et pour me trouver une contenance, je me suis remis à taper.

« Vous n’avez aucun talent littéraire ! » La voix de mon éditeur résonne dans ma tête.

« Vous ne faites pas de la littérature, vous faites des livres ! En même moins, avec le numérique »

« Vous ne faites que du texte ! »

Il m’avait balancé ça comme des uppercuts, et j’en étais resté sonné. Que répondre à tant de mépris ?

Comment raisonner la haine qui vous prend pour formuler un argumentaire convaincant ?

Je m’étais juste tu. Et l’avais laissé continuer.

« Tu as eu tord fiston » intervient Papa.

« Au lieu de rêver ta vie, tu aurais pu vivre tes rêves. Il ne t’aurait pas fallu grand chose »

« comme quoi ? » crié-je.

« comme le cran d’attraper son coupe papier et de le lui planter en travers de la gueule. »

Ma tête trouve refuge dans mes mains. Je me concentre. Papa n’est pas là. La police l’a tué.

Il ne peut pas me parler.

« Fiston, crois-tu sérieusement que la mort coupe les liens familiaux ? »

Tu n’es pas là ! Hurlé-je.

Reprenons. L’ordinateur. L’écran. Le clavier. Témoigner de ce que je vis… Pour Kane et consort…

Témoigner…

– Jour 3 –

Je me réveille, le visage sur le clavier.

J’ai perdu le fil. Quel jour ? Le jour ou la nuit ? Quelle heure ? Je n’ai rien pour m’y aider…

« Début du troisième jour, toujours aussi éveillé ! » L’éditeur est dans la pièce.

« Tas ronflé toute l’après midi ! C’est comme ça que tu comptes écrire ? »

Un vertige. Une douleur. Je fonce sur les toilettes et y vomis mon estomac, mes entrailles, mon moi.

Je regarde les immondices qui reposent au fond. C’est mon âme que je viens d’expulser : je me sens différent…

Plus léger. Le mal de crâne est devenu une partie de moi.

« C’est que tu es prêt pour ta transformation. » balance papa.

Il me pause la main sur l’épaule et tire la chasse.

« Je vais faire de toi un vrai mec » assure-t-il.

La porte s’ouvre. Je regarde l’ombre qui se tient derrière. Elle grommelle quelques mots.

Non ! Dis-je. Elle insiste. Je ne comprends qu’un mot « manger ». « Pas faim ! » dis-je.

La porte se referme. Le décor vacille. Je me retrouve dans l’escalier qui mène à la cave.

La lumière orangée de l’ampoule dessine des ombres sur les parpaings nus.

Des cris étouffés. Une odeur d’excréments. De panique. Et des chuchotements.

« Approche ! », dit papa. Je descends les dernières marches. La cave de note maison de famille. Son établi.

Ses outils. La table en chêne de mamie sur laquelle est allongé la banquière.

« J’ai pas eu le temps de tout t’apprendre fiston. commençons par le plus simple. Déshabille la ».

Sans réfléchir, j’approche. Il me tend un cutter. La banquière se débat mais les liens la maintiennent.

« Découpe autant que tu veux. Mais qu’en surface. Faut lui faire comprendre combien son harcèlement t’as fait plaisir. »

J’attrape le cutter. Il reprend : « c’est ça être un homme fiston. »

Pour un doigt, tout le bras, pour une dent, toute la gueule. »

J’ai six ans. Je suis petit. Je dois grimper sur la table pour opérer. Mon père me félicite du regard.

« Un bon garçon obéit à son père » conclut-il tandis que je découpe la chemise et la jupe.

Papa finit par lui arracher ses sous-vêtements. J’ai quinze ans, et cette femme nu me trouble.

« Son pouvoir et son assurance lui vient de son argent. Une fois mise à nue, elle n’est qu’une femme comme un autre ».

« Et une fois découpée, elle ne sera qu’un corps comme un autre ». Il pause ses mains sur le cuteur.

Et étire la lame. « Montre moi qui elle est vraiment ! Et prouve moi qui tu es ! ».

J’ai dix huit ans. Je veux me rebeller. Mais je suis heureux d’avoir enfin mon père à mes côtés.

Je souhaite sa reconnaissance. Son amour.

« Toujours aussi lent à la détente ! » Mon éditeur est revenu. Il me toise. Ses yeux me traitent d’incapable.

Lui aussi je voulais lui prouver qui j’étais.

« Allez Lilian ! » Les journalistes sont là. appareils en mains. Ils attendent pour faire crépiter leur flash.

« Allez fistons, montre moi ce que tu as dans le ventre ». La banquière pleure. Hurle sous son bâillon.

La lame glisse sur son nombril, remonte le long de sa peau clair, passe entre ses seins et s’arrête sur la carotide.

Je lance un dernier regard à papa. Je me mets à pleurer, tout en souriant. J’aurai aimé t’assister. T’aider.

Partager ton univers. Mais je ne suis pas comme toi. J’ai choisi un autre chemin.

Une autre manière d’assouvir mes envies. J’ai préféré l’imaginaire.

« Ce mec a rien dans le slibard ! » balance l’éditeur. Les journalistes me sifflent. Même la banquière se fout de ma gueule.

Elle rigole derrière son bâillon. A côté, mon père baisse le regard, déçu.

« Tas jamais été bon à rien fiston. »

« Malgré tout ce que je t’ai appris. »

« Regarde le courage ce que c’est. Vois ce que c’est qu’être un homme ! »

Il attrape le cutter et dessine un arc de cercle dans le cou de la banquière, qui continue de rire

Son sang gicle comme un geyser, il part dans toutes les directions, me recouvre le visage, et elle se marre.

« Voilà comme on règle ses problèmes fiston ! » hurle papa.

Puis il s’approche de l’éditeur, il passe dans son dos et lui entaille les carotides. Nouvelle vague sanglante.

« Tu penses, t’hésites, tu tergiverses, incapable d’aller au bout ! »

« Même son bouquin n’est pas de lui ! » s’amuse l’éditeur perdant son sang.

« Tu n’as fait que raconter ton père, mais toi, au fond, tu as fait quoi ? Tu étais où ? hein ? »

Mon père lui tape sur l’épaule. « Il a raison fiston. T’as rie niait de ta vie ».

Les journalistes prennent en photo les deux fontaines rouges. Puis l’un d’eux s’approche de moi : « un commentaire ? »

J’ai 35 ans. Je suis à califourchon sur une femme qui se vide de son sang. Et qui se marre.

Je prends conscience de combien je suis passé à côté de ma vie. En écrivant, je me suis éloigné du monde.

Je m’en suis protégé. Alors qu’en réalité, le mal que je craignais n’était pas extérieur. Il était au fond de moi.

Présent. Solide. Dur. Une sorte d’atavisme. D’héritage. Je ne suis pas mon père.

Mais une partie de moi l’est.

Je tends la main pour qu’il me donne le cutter. « Je vais finir ! » dis-je.

Au fond, qu’importe les problèmes de contrats, les soucis d’argent, mes plans culs foireux, je suis moi.

Et je vais lui prouver ce que je vaux.

J’attrape le cutter, le plante là où je fus opérer de l’appendicite, puis, d’un coup d’épaule, je m’ouvre le ventre.

« Tu voulais voir ce que j’avais au fond de moi papa ? Regarde bien ! » Je plonge mes mains dans la chair découpée.

J’attrape et tire les guirlandes de viscères. Je tire. Tire. Et tire encore. Des mètres. Des kilomètres. et je ris !

D’un rire incontrôlable. Fou. Et je me passe les intestins autour du cou. Ils sont chauds. Gluants. Ils puent.

Mais ils sont là. Vrais. Comme moi. Ils sont moi. Et je suis eux. Et je ris encore.

Pas les tripes ? Pas un homme ? Qui dit mieux ? QUI DIT MIEUX !

Et à mon tour, je m’égorge. Tout le monde rit. Les appareils photo crépitent. Mon père me sourit. Il est fier.

Mon éditeur applaudit. « enfin une bonne idée, ça fera un bon roman ! »

Et pour poursuivre le jeu, je m’entaille les bras, le torse. Mon sang se mêle à celui de la banquière.

Elle retire son bâillon et me lance : « Plus de problème de débit ! » Et l’assistance repart dans un rire tonitruant.

« Et je ne verrai plus mon découvert ! » rétorqué-je ne me crevant les yeux.

Et ça rit. Comme des déments.

Et ça rit.

Et ça rit…

Et ça…

Et …

– Fin de l’expérience du patient numéro 6 –

Merci à Jeff pour cette opportunité, aux autres patients

Et aux techniciens de l’ombre qui ont bien dû galérer. Bravo à tous. Et que le projet aille loin !

Longue vie à Yumington ! Et à tous ses participants / contributeurs !

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