Les éboueurs de l’espace – Lilian Peschet

## Avertissement : ceci est un alpha texte – comprendre, il est sans doute bourré de fautes, d’incohérences ou de non optimisation, mais c’est de la faute de ces fans qui me poursuivent sur les réseaux sociaux. Fan, kiffez ! (ou pas) ##

Les batteries des robots nettoyeurs sont déchargées. La faute à Herl qui les a pas branchées avant l’hyper-sommeil. Je pourrai râler mais ça ne servirait à rien : depuis que ce mec bosse avec nous il enchaîne conneries sur conneries et rien de ce qu’on peut lui balancer l’atteint. Joss dit que c’est dû aux combats, qu’il en a tellement vu que son cerveau passe son temps à fuir la réalité et que c’est pour ça qu’il retient que dalle. Je veux bien, pourquoi pas, mais n’empêche, ça fait un peu chier de bosser avec un boulet. Déjà qu’on a pas le taf le plus intéressant de la flotte, ça devient chaud si on en arrive à plus se supporter. Je les remets donc en charge, en serrant les dents, espérant que les dix-huit heures de vol qu’il nous reste suffiront à les faire remonter à un niveau suffisant, parce que devoir tout nettoyer à la main, non merci. On est bien des éboueurs de l’espace, mais on est pas de boniches. Il est hors de question que je m’enfile la combi pour lessiver les ponts intérieurs et extérieurs de la station NewBorn. D’autant qu’à quatre, ça nous prendrait des heures.
Karym sort du cockpit du vaisseau, l’air serein. On est dans les temps et l’autopilote nous conduit avec sa précision toute mathématique. Une fois arrivé, il n’aura qu’à superviser l’amarrage, une procédure qui nécessite toujours un oeil humain à cause des imprévus.
– Lee, t’as vérifié les combi ? me demande Joss qu’est l’éboueur en chef de l’expédition.
– Pas encore.
On a chacun notre rôle : éboueur en chef, éboueur en second, pilote et vétéran casé là pour finir dans une casse biologique. Quatre mecs enfermés dans un vaisseau de seconde zone, usé, moisi, qui se rendent de station en station pour traiter les déchets. Un boulot mal payé, merdique, mais indispensable.
Un boulot loin du front surtout.
Une planque quoi.
– Tu iras plus tard, me dit Joss, avant d’attraper le micro des comm internes.
Le haut parleur crépite, avant de recracher les mots de Joss :
– Réunion au réfectoire, maintenant.
Sa voix est un brin autoritaire. Il force un peu le trait pour en imposer, pour se faire respecter, parce qu’il a été promu chef lors de notre dernier retour au bercail, y à deux semaines de ça. Sa promotion est surtout due au fait que l’ancien chef d’équipe s’est pété un bras. A ne vivre que dans l’espace, c’est assez courant : malgré les vitamines et l’exercice, les os finissent toujours pas se fragiliser, jusqu’à céder. Du coup on se retrouve toujours en convalescence sur une planète à gravité moyenne pendant quelques mois, avant de reprendre du service comme si de rien était, jusqu’à la prochaine fracture.
J’en suis déjà à huit en dix ans de service. Dix ans déjà. Dire que j’ai commencé ce boulot d’éboueur à quinze ans, et qu’il me reste encore quatre vingt dix ans de service avant la quille…
– On y va, me lance Joss.
On quitte l’arrière du cockpit, où se trouve les robots et le matos de nettoyage, pour retourner dans les entrailles du vaisseau. Le réfectoire est au centre, avec derrière lui la salle d’hyper-sommeil, accolée à la salle des machines, pour minimiser les risques de panne des lits cryogéniques. Y a d’autres recoins, mais que je connais peu : mon boulot consiste surtout à m’occuper du matos, vérifier l’inventaire, préparer les commandes, et effectuer le nettoyage en tant que tel. Il arrive à Karym de zieuter la salle des machines, mais il ne s’y connait pas bien. C’est là qu’Herl entre en scène : dans son bataillon de combat, il était machiniste. Ses états de service laissent penser qu’il sait tout réparer, ce qui est hyper pratique. Il sait aussi manipuler tout un tas de flingues et de vaisseaux militaires, ce qui nous sert à rien. C’est par contre utile de s’en vanter pour impressionner les autres équipes d’éboueurs. Nous, on a un badass dans la bande quoi.
Joss s’occupe de nous coacher, de vérifier la conformité du taf, puis il établit un planning avec le service d’entretien. Quelle sera la prochaine station, à quelle distance, quel besoin spécifique, un rôle d’encadrement et d’organisation qu’il découvre.
Dans le réfectoire, Karym se pose en bout de table et il croise les bras. Herl débarque avec une fiole d’eau de vie frelatée. Je m’assoie à gauche de Joss et j’attends qu’il balance les infos.
– Vous connaissez la mission : la station NewBorn est une station de clonage de niveau 3. Ça veut dire qu’elle produit une centaine d’être humain par mois.
– Ça veut dire que le nettoyage devra être super clean, dis-je.
– C’est ça. La dernière fois, sur la plateforme, on a un peu torché le boulot. Là, pas question. Faudra faire du super clean, au point qu’on pourra bouffer par terre.
Karym et Herl acquiesce.
– J’ai préparé les affectations de chacun pour les dix heures de service prévues. Intervention, temps de pause, repas, tout est noté. Je vous invite à y jeter un oeil et à me dire ce que vous en pensez.
Joss a déjà tout préparé : lorsque nous lançons les interfaces de boulot sur nos montres holographiques, les emplois temps se déplient avec une précision toute déprimante.
– Vous avez une demi-heure.
Il conclut en se sentant obligé de nous laisser. Du coup, on se sent un peu con face à l’emploi du temps qu’il nous a concocté. Karym et moi surtout. Herl éteint sa monte avant de reprendre un coup de gnole.
– Tu t’en fous du taf ? demande Karym.
– Complètement. Je ferai ce qu’il y a faire. Ni plus, ni moins.
Et sur ces ultimes paroles, il s’en va retrouver sa cabine, sans doute pour dormir un peu.
– Et toi Lee ?
Je regarde les tâches, puis Karym, puis j’en reviens aux tâches.
– Je sais pas, dis-je. C’est vrai qu’avant on y allait comme des bourrins, là, c’est plus carré.
– Station de clonage…
– Oui, les contraintes sont plus fortes.
On est un peu surveillé, à la fois par nos supérieurs et par les clients finaux : lorsqu’une station ou un vaisseau n’est pas content de notre boulot, il peut se plaindre et nous coller un rapport assassin. Dans ce cas, nous risquons le non-paiement de nos soldes, voire des majorations dans les cas les plus graves. Avec suspension, blâme, mais pas le renvoi. Je crois pas. En tout cas, j’ai jamais entendu parler d’un éboueur viré.
– D’autant plus forte que nous perdons du terrain, ajoute Karym. Le front a besoin de plus de soldats.
Quelque part, avec notre ménage, nous allons participer à l’effort de guerre.

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. SNI éditions dit :

    Je ne manquerai pas ton prochain article ! bravo

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