464 mots pour une fausse intro

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Ça a commencé comme ça : j’ai cligné les yeux. J’ai fermé mes paupières et les ai rouvertes. Ça a pris genre, une seconde, même pas. On chronomètre jamais ce type de geste, mais c’est très bref, très rapide, tellement qu’on ne s’en rend pas compte les trois quart du temps. Sauf que là, dans ce temps de rien, dans cette action à peine existante, s’est envolée la nuit. Je veux dire, j’étais allongé, je fixais l’obscurité, et j’ai senti ma peau me recouvrir les yeux, puis se retirer. Et là, au lieu d’être face aux ténèbres, je me suis retrouvé face au soleil rouge, celui du matin, qui promet plein de trucs, sans rien vraiment offrir. J’ai cligné une nouvelle fois, mais le soleil n’a pas bougé. Le temps n’a pas filé jusqu’à la nuit suivante. Encore heureux, sinon mon espérance de vie aurait fondu comme neige au soleil.
Je me suis retourné, ma femme était là, toujours endormie. Je me suis penché pour regarder l’heure : 6h35.
Là, un mec moins futé que moi aurait décidé d’en rester là, sauf que je suis pas stupide. Je sais bien que le temps s’écoule de manière fixe, qu’une seconde, ça vaut une seconde, point barre. Y a pas à tortiller quoi. Il s’était passé un truc, j’en avais l’intuition.
Donc je me suis levé fissa et j’ai ouvert les volets. Comme je m’y attendais, il était en bas. Dès qu’il m’a vu, il a fait demi-tour, pour se barrer à toute allure. J’ai enfilé un survêt, j’ai enfilé mes pompes et je me suis lancé à sa poursuite.
Le mec courait pas vite. Il était chargé. Il a pris à droite, à gauche, il voulait sans doute rejoindre sa caisse, sauf qu’il s’attendait pas à ce que je le course comme ça. Il savait qu’il aurait pas le temps de se jeter dedans, que j’lui tomberai sur le paletot avant.
Il a finit par perdre son avance, faute à sa condition physique. Faut dire, je suis flic, je m’entretiens souvent, je footing, je muscu, et je fume pas. Ce mec un peu trop maigre, aux membres longilignes, il puait la glandouille, le laisser-aller. Raison de plus pour pas le laisser aller.
Encore quelques mètres et j’ai pu lui sauter dessus, façon arrestation musclée. Le nez dans le bitume, la tronche en sang, il s’est mis à beugler comme une vache normande.
– Qu’est-ce tu trafiques ? que je lui ai demandé.
– J’veux pas d’embrouilles !
– Trop tard mec. Raconte !
– Ok, ok. Je suis un voleur de temps.
– Ma nuit ?
– Elle est là, dans le sac.
– Lève toi, j’t’amène au poste.
C’est comme ça qu’a commencé cette enquête. Sur un simple clignement d’yeux, et un léger pressentiment.
La suite ?
Trois fois rien.
Même si on a failli détruire le monde.

6 commentaires Ajoutez le votre

  1. Alias dit :

    J’aime bien l’accroche; ça donne envie de lire une suite. Surtout la dernière phrase.

    1. lilian dit :

      (Hey, merci de l’avoir lu :))
      Oui c’est une fin un peu putassière pour ça 😀 Mais rien n’est prévu pour le moment… en fait, je compte multiplier ce genre de petit texte pour entretenir la créativité gratuite. Les meilleurs deviendront peut-être des romans 🙂

      1. Olivier dit :

        Y a un potentiel très intéressant derrière ce texte court! Tu tiens quelque chose! 🙂

        1. lilian dit :

          c’est ma nouvelle façon de bloguer pour le moment : des textes courts mis en ligne, sans arrière pensée ni plan. Juste pour le plaisir de partager. 🙂

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