Extrait du jour – de moi

J’ai lu Zombi de Joyce Carol Oates et je me suis dit, y a un truc quand même… Hein quoi ? Tu sais pas ce que c’est ? Mate ici (ce lien est sponsorisé par la célèbre  punchline : Vous vous ennuyez ? Lisez !)
Donc je me suis dit, doit y avoir moyen de faire quelque chose de moins noir, de plus pulp, tout en conservant l’esprit très « je suis dans la trogne du perso ».
N’ayant pas son talent (d’Oates… D’ailleurs, personne lui a fait la vanne : « wild wild Oates :D), je m’y suis essayé avec mes propres moyens… Oui, je sais, vous rigolez. N’empêche, faut bien se lancer des défis dans la vie. Du coup, voici le début (qui ne dévoile ni le contexte ni le perso, mais qui tente de se mettre dans le ton). Vous m’en direz des nouvelles si vous avez le temps.

## Avertissement : ceci est une fiction fictionnelle, sauf pour les parties véridiques. Fan, kiffez ! (ou pas) ##

Le gars mate à droite et à gauche. Il a pas l’air méchant, juste, chai pas, anxieux. Il zieute les alentours comme pour estimer le danger. D’ailleurs, ses yeux rappellent ceux des herbivores dans les reportages animaliers. J’aime bien les reportages animaliers : ils racontent tous une histoire qui reprend toutes les histoires : naissance, enfance, apprentissage, amitié, trahison, combat, puis séduction, et tout recommencer, tandis que les grands-parents meurent. Le cycle de la vie en concentré. Un truc de fou quoi. Mais on parlait pas des reportages, on s’attachait à ce gars, qui mate encore avant de se diriger vers la caisse.
[…]
Le gars fait face à la caissière. Il lui tend les deux trois trucs qu’il a topé dans les rayons.
Je me pose derrière lui, un paquet de BN dans les mains, avec un Coca Zéro et des chewing-gums pour m’occuper les joues et me filer un coup de peps, grâce au sucre. Au volant, j’ai toujours un coup de mou sur les coups de trois heures du mat. Du coup, je me gave de merdouilles.
Je mate les magazines sur le présentoir. Des trucs pour nanas, avec des stars inconnues dessus, photoshopées au point de plus être humaines. Sauf une, une métisse avec des formes bien charnues. J’aime bien les femmes un peu rondes. Marrant, on dirait que la photo me mate.
Le gars se penche et je vois bien que la caissière change de couleur.
Y se passe un truc.
Le gars lui chuchote doucement quelques mots et la nana préfère reculer. Il sort alors de sa poche un flingue genre comme dans les films.
— Déconne pas, qu’il dit. Envoie la caisse ou ça va mal aller.
Le gars zieute encore à droite et à gauche avant d’insister.
Je me sens con : reculer, avancer, rester muet, laisser faire, on sait jamais comment réagir dans ce genre de situation.
— Et toi le gamin, tu bouges pas.
Il dit ça sans même se retourner. Je réponds pas. Je lui obéis. Passif.
La caissière me jette un coup d’œil pour me demander de l’aide. Je m’étais promis de plus intervenir, de plus jouer à tout ça.
— La caisse ! insiste le mec.
Mais là, je sens que ça va mal tourner. Chai pas pourquoi, mais c’est comme si tout avait été écrit y a bien longtemps. La route, la nuit, la caissière, la caisse, le mec, le flingue. Une sorte de complot divin.
La nana tend le bras.
Le gars est trop nerveux. Il va tirer.
— Je suis pas si vieux, mec.
Le gars se retourne.
— Qu’est-ce t’as morvé ?
— Je suis pas si vieux. T’as quoi ? La trentaine ? J’ai vingt-cinq. Pas de quoi crâner.
Il scotche, ce qui est plutôt cool. Ça veut dire qu’il s’attend pas à un peu de résistance, ça veut dire qu’il est pas expérimenté, ça veut dire qu’on a une chance de s’en sortir sans trop de casse.
— On va la jouer cool, qu’il reprend, tu fermes ta gueule, je prends le pognon et je me tire.
— En fait, je crois pas.
— Quoi ?
— J’crois pas, non.
Le mec se tourne et braque son arme sur moi. Bad instant.
— J’te propose un autre plan, que j’lui balance, tu ranges ton truc, j’ ferme les yeux et tu te barres comme ça, tranquille.
Le gars sourit. Il se marre. Puis il tire. La déflagration me fait sursauter. La balle me pénètre le bide, sa force me fait basculer, sans avoir rien pigé, je me retrouve au sol, les entrailles en feu.
— Faut pas déconner avec n’importe qui, balance le gars.
Je connais la suite, j’enregistre le max de détails : baskets Reebok Classic à l’ancienne, jean déchiré aux genoux, une chaîne pour tenir son portefeuille, un t-shirt noir délavé, avec un manteau genre Bombers, une montre Seiko, un tatouage sur la main droite, le type est gaucher, caucasien, avec un nez crochu, il a une barbe de trois jours, une balafre sous l’œil, un grand front, un début de calvitie, une boucle d’oreille
Blam !
Une nouvelle balle dans le coffre.
Blam ! Blam ! Blam !
— T’aurais mieux fait de fermer ta gueule !
Pour la dernière, il me vise la tronche.
Blam !

## Fin  de l’extrait ##

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