Escape plan

Note d’intention : ce qui suit est un test d’allongement d’un statut FB non publié. Il s’agit d’une pure oeuvre de fiction qui ne révèle aucunement ce que je pense ni ne ressens (ceux qui me connaissent comprendront mon intention). Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher le texte.

## Avertissement : ceci est une fiction fictionnelle, sauf pour les parties véridiques. Fan, kiffez ! (ou pas) ##

J’ai passé la journée à faire semblant, à faire comme si tout allait bien, à reproduire les gestes, toujours les mêmes gestes, pour laisser croire que rien en changerait jamais, alors qu’au fond, tout a basculé.
Je ne me rappelle plus quand ça a commencé, quand est apparue la nécessité, mais ce que je me souviens bien, c’est la joie que ça m’a procurée. Cette joie est restée tout au long de la préparation, durant ces dernières semaines. J’ai du me faire violence pour ne pas l’afficher, pour retenir mes sourires et demeurer discret, pour ne pas attirer leur attention.
Et je crois que j’ai réussi. Je n’ai vu aucune différence dans leur comportement. Aucun doute.
Tant mieux.
On dit toujours qu’une décision survient après un temps de réflexion, ou suite à différents évènements qui poussent le destin. Je suis du genre à laisser le destin me pousser, peut-être par lâcheté, sans doute par lâcheté. C’est d’ailleurs à cause de cette même lâcheté que je me suis retrouvé emprisonné ici : je n’ai pas su me révolter, dire ce que j’aurai du dire, crier mon refus d’en arriver là, mais quand la vie s’emballe contre vous, vous n’avez que peu de chance d’en réchapper.
Au final, les années ont passé et je me suis habitué au rythme carcéral, à ses injonctions, à ses obligations, de telle sorte que je n’avais plus conscience d’être prisonnier, tellement abruti par cette course folle, par ces réveils nocturnes, sous leurs hurlements, que j’en avais oublié ces murs. Et puis je ne sais pas, un jour, ces murs sont réapparus. Ils se sont manifestés à mes yeux, ont crié leur existence, et en cet instant, leur présence m’a insupporté.
J’aurai pu avoir un geste malheureux, tenter quelque chose de désespéré, mais mon codétenu m’a raisonné.
Lui aussi a connu cette angoisse de l’enfermement. Il a eu les mots justes. Il a su me rassurer, me canaliser.
Nous avons pris entre temps, réfléchissant, cherchant les failles, nous préparant, élaborant des plans, les testant le soir, dans le noir, à mots chuchotés. Jusqu’au moment où l’une des séquences d’évasion nous a semblé réaliste, suffisamment pour prendre le risque.
Nous nous sommes alors organisés : volant un peu de nourriture à chaque repas, cachant ce qui pouvait l’être dans nos poches, le reste dans notre bouche, puis mettant de côté des vêtements, en portant les mêmes plusieurs jours de suite, tout en faisant croire que nous nous changions. Nous n’avons pas pu mettre d’argent de côté, ça faisait longtemps qu’ils nous prenaient tout. Mais qu’importe, le désir de s’enfuir est trop fort, l’appel de la liberté trop puissant.
– J’ai plié le t-shirt et glissé toute la bouffe dedans, dis-je.
– Pour l’eau ?
– Faudra s’en procurer dehors. Ça risque d’être coton, mais faisable.
– Ils ne seront pas là avant trois ou quatre heures du mat. Va falloir y aller.
Le moment de passer à l’action est toujours un instant où se mélange une peur irrépressible et un excitation incommensurable, réunissant en une pensée commune, la peur d’être découvert et l’espoir de s’en sortir. Ces énergies contradictoires tiraillant mon esprit, me laissent incapables de trop réfléchir. J’ai l’impression que mon niveau de conscience s’abaisse pour ne laisse de moi qu’un individu non pas encore animal, mais plus tout à fait humain.
– Allons-y !
Nous entrouvrons la porte, sans bruit. Il s’agit ensuite de prendre l’escalier de service, puis de nous faufiler le long du réfectoire, pour atteindre la porte de la prison. Comme souvent, les clefs sont dans la serrure. Excès de confiance ? Sans doute.
Je tourne l’objet avec lenteur, retenant le plus possible les cliquetis tonitruants du mécanisme. Une fois fait, il reste à abaisser la poignée.
Ça y est, le tour est joué. Nous sommes dehors !
Pieds nus, nous remontons la rue, retenant nos rires fous, notre exaltation, qu’une lune pleine vient saluer.
– Nous sommes libres ! dis-je. Libre ! hurlé-je.
Mon codétenu m’attrape la main et se met à chanter la chanson préférée de nos geôliers, celles qu’elles ressassaient en boucle, pour vaincre nos volontés et détruire nos personnalités :
– Libérés ! Délivrés ! Nous n’y retournerons plus jamais !

Si nous avions su, jamais nous n’aurions eu d’enfants.

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