Homo superior 8

## Avertissement : ceci est une fiction fictionnelle, sauf pour les parties véridiques. Fan, kiffez ! (ou pas) ##

Rappel de l’épisode précédent :
Je suis né à Melun.
Je devrai être un super héros.
Enfin j’en ai les pouvoirs, mais j’en suis pas un. Je suis juste un mec dont la vie a basculé à cause d’eux.

*
* *

Se décaler des heures pour se décaler de la vie pour se décaler de sa vie pour prendre la sortie avec son logo vert et son bonhomme qui court pour se sauver pour oublier recommencer et réécrire pour vivre une autre vie et devenir un autre moi qui serait genre capable d’assurer pour devenir un homme un mari un père puis un mec avec un crédit qui se retrouverait emprisonné sur cent cinquante ans mais qui serait heureux malgré tout parce que j’aurai atteint la fin de ce jeu qu’on appelle la vie que j’aurai vaincu tous les boss de fin de level et qu’un gros finish apparaitrait au dessus de ma tombe.
– C’est l’heure de manger.
– J’ai pas faim M’man.
Normal j’ai tellement usé la console que j’ai mangé quand le soleil se levait et là qu’il était bien haut que je me réveillais à peine je pigeais quand on est quel jour quel mois quelle année je savais juste quel endroit lieu et pièce.
– Faut manger, qu’elle insistait.
Ramasser mes affaires balancer les bouteilles dans le sac à dos et terminer la bière qui m’attendait depuis la veille ou avant-hier ou avant encore histoire de faire passer la gueule parce que j’avais une fucking gueule de bois.
Enfiler de fringues douteuses peut-être propres ou peut-être sales mais s’en foutre complètement parce qu’au fond ça changeait que dalle vu que personne m’attendait et vu que personne allait me mater ou s’occuper de moi parce que le seul endroit où je m’en allais brûler ma vie était ce bar à la con à l’angle de la rue piétonne à côté du Descartes ce rade qui s’appelait le Cotton Caffé avec deux T et deux F pour une raison qu’existait pas.
Une fois j’avais demandé au proprio pourquoi y avait deux T et deux F et ce con m’avait répondu :
– Parce qu’ici on boit deux fois plus.
Logique.
Du coup j’y buvais deux fois plus pour honorer ce putain de T et de F. J’y éclusais la thune que j’avais pas. J’y défonçais le foie que j’ai plus. J’m’y explosais le cerveau qui résistait. J’y gâchais mon temps qui valait rien parce que le temps c’est pas de l’argent c’est ce qu’on en fait et quand on fait rien le temps c’est juste rien.
– Tu te rends compte que tu penses sans ponctuation ? me balance le barman.
– Tain tu lis les pensées ?
– Je suis barman oui ou merde ?
– Chanmé. C’est genre ton pouvoir…
– C’est ça. Bref, t’as pensé à remettre de l’ordre dans ta life ? Parce que là c’est le zbeul.
– C’est pas le zbeul, juste la fuite.
– Tu sais ce que disent mes potes plombiers des fuites ?
– ?
– Elles finissent toutes de la même façon : on les rebouche avant que ce soit trop le bordel.
– Barman et philosophe.
– Tout juste Auguste.
La conversation me semblait surréaliste. J’étais tellement KO que je savais pas si elle avait eu lieu ou juste si je l’avais imaginé mais on s’en foutait qu’est-ce que ça changeait.
Des mecs me cherchaient la merde.
Je répondais.
J’attendais qu’ils me cognent.
Parce que des mecs étaient morts.
Parce que j’avais participé à ça.
Parce que j’étais sûr que Mathieu avait balancé.
Parce que j’étais sûr que les flics me cherchaient.
Parce que j’allais finir en taule.
Mais surtout parce que je méritais une correction que la police les juges les barreaux m’apporteraient pas.
J’avais besoin de me racheter.
Et je savais pas comment.
– T’as dit quoi ? balança un mec super balaise.
– Que c’est chelou de rouler des galoches à son frangin.
– C’est ma meuf connard.
Comment je prenais cher.
Et après tout guérissait. Trop vite.
– Tu veux qu’on parle ? c’était papa ça.
De retour à la discussion après les insultes. Loin d’être con le vieux, il avait pigé que quelque chose me bouffait, mais comment lui raconter tout ça, tout ce bordel.
– Tu vas mieux ?
– Hum.
– Y a des virgules dans tes pensées…
Qu’est-ce qu’ils avaient tous à me faire chier avec ces putains de virgules, de poings, de poings virgules, de poings d’exclamation.
– Tu te gourres de point.
– J’crois pas non.
Ahmed m’avait pas rappelé. Aïssétou insistait. Il parlait dans mon téléphone dans ma tête et dans la voiture qu’il avait pécho j’sais pas où.
– C’est ta BM ?
– T’es sérieux mec ? Y a juste mon paquet de BNs qu’est à moi.
– C’est quoi ton problème avec les paquets BNs ?
– C’est mon pouvoir gars. Mais toi, raconte ta vie, t’as l’air en chute ivre ?
– C’est pas libre le mot ?
– Si mais vu que toi c’est dans l’alcool, ça me semblait plus adéquate.
– Pas con.
– Alors ?
Alors je savais pas. On reparlait de Mathieu en fumant des bedos sur fond de Rap dans l’autoradio cd. L’arnaque d’ailleurs ces cds dans l’autoradio : le moindre nid de poule et la ziq sautait, le cd se retrouvait rayé, de quoi fracasser la caisse contre un mur juste pour se venger.
– Qu’est-ce que tu comptes faire ?
– Faudrait que je me fasse oublier, que je me tire, que je disparaisse, le temps que ça se tasse.
– Te faudrait de l’argent pour ça. T’en as ?
– Moyen.
Aïssétou était un malin, il savait qu’il me fallait de la thune pour disparaitre parce que l’univers détestait le vide et que celui qu’on laissait derrière soit, fallait le remplir de billets qu’il disait, à juste titre.
Et pour se faire du fric y avait que deux chemins possibles : le normal, avec des contrats, des patrons, des heures, des pauses, des salaires minimums, des vacances, en un mot, des plombes. En deux en fait.
De l’autre, y avait… l’autre.
C’est comme ça que j’ai commencé.
– Pour les bagnoles, t’occupes pas des dernières, elles sont galères. Prend des moyennes, genre des 106, des 306, des Twingo, des clio et ça fera l’affaire.
– Et j’en fais quoi ?
– Comme tout le monde : tu fais le tour des caisses de Champigny ou de Chennevières. Tu ramènes la caisse, tu prends les biftons, tu rentres à pinces.
– Elles devient quoi la tire ?
– Désossée. Personne remonte à toi. Un plan facile, pas trop risqué.
– Ça rapporte ?
– Teste.
J’avais testé. cinq cent francs par-ci, quatre cent par-là. Tirer les caisses étaient pas si compliqué. Juste chiant. Même pas flippant d’ailleurs. Perché comme j’étais, je pliais les portes, je pétais les démarreurs, je faisais les fils comme je pouvais et quand ça marchait pas, je repartais en laissant la bagnole à moitié défoncé derrière moi.
Ça m’est arrivé grave.
À repartir comme un con, mort de rire en pensant à la gueule du mec qui serait partagé entre le bonheur d’avoir sa caisse et sa haine de l’avoir défoncée.
Une semaine. Dix bagnoles. Pour une somme de misère. Une arnaque que je recommanderai à personne.
Alors quoi, il me restait quoi ?
– Faudrait que tu te reprennes.
Ah oui, les discussions à la con avec P’pa.
– Tu viens manger ?
Et cette volonté de ma gaver pour me rendre heureux. Gaver dans tous les sens du terme. Comme si les mères avaient pour communiquer que cette bouffe qu’elles te balancent dans la gueule jusqu’à que tu en puisses plus, que tu gerbes tellement que tes organes ressortent de ton corps et que là, finalement, elles te foutent la paix.
– J’ai pas faim non. M’ci.
– Mais tu manges plus rien.
Déjà une semaine. Tain. Fallait passer la seconde.
Voilà comment j’ai finis avec les collants de maman sur la gueule dans la salle de bain.
– C’est à moi que tu parles ?
Scène à la con. Je comptais faire des casses et quand tu fais un casse, personne te prend la tête donc tu peux sortir à personne cette phrase débile. Du coup ça tombait à plat. Surtout qu’on voyait pas mon air vénère sous la cagoule de soie bien noire.
Mais je savais pas trop comment m’y prendre. Alors j’avais appelé Aïssétou, puisqu’il savait tout ce que les autres ignoraient – et que du coup je pigeais le pourquoi de ce prénom.
– Nan mec, bouge pas, Les keufs ont pécho Ahmed.
– Tu déconnes.
– Nan.
Mathieu. Ahmed. Les mecs canés. Trop pour moi.
J’suis reparti dans ma chambre, j’ai balancé le max d’affaire dans mon sac à dos, j’ai récup les liasses sous mon matelas, et j’ai chopé quelques livres de poches, dans lesquels j’avais pour habitude de planquer mon shit – j’avais creusé les pages. Direction le trottoir.
Direction Melun centre.
Direction la première caisse à tirer.
Bim, une clio williams. Le mec sans doute dans le bar en train de dragouiller une blonde tout en buvant des blondes.
Coup de coude dans la vitre. Une fois, deux fois. Elle me résistait. Encore un coup. Elle céda. Lever le loquet, se poser dans la clio, tirer les fils, les mains tremblantes, la gorge serrée, le coeur au bord de l’estomac, avec l’envie de boire/manger/vomir/respirer/raillelamentioninutile sans pouvoir le faire.
Une étincelle. Le moteur vrombit d’un coup.
Yes !
Mon pied caresse l’accélérateur.
Le moteur chante à nouveau.
Incroyable cette sonorité.
Des cris dans le bar.
Pas moyen de trainer.
Passer la première, faire le tour de la place Saint Jean, remonter vers l’avenue principale pour choper la pénétrante.
Feu rouge.
Le griller, tourner à la perpendiculaire.
Pneus qui crissent.
Volant qui tire.
Bras qui résiste.
Crâne qui s’envole.
Presser l’accélérateur.
Pneus qui hurlent.
Moteur qui hurlent.
Sourire sans le vouloir.
Remonter la rue du Général De Gaulle.
Alors que je passe devant l’hôtel de police, un mec qui se tenait devant se met au milieu de la route. Hésiter. Accélérer. Pour lui faire peur. Sauf que le mec a pas peur. Il reste là.
Là tout ralentit.
Il fait craquer les os de sa main.
Je le regarde sans pouvoir faire quoi que ce soit.
La voiture poursuit sa course.
Je reste les mains sur le volant, la direction ferme, la vitesse intacte.
Au moment de l’impact, s’attendre à voir le mec sauter sur le côté ou voler, et le voir simplement lever le poing, et l’abattre sur le capot.
Voir le capot se plier sous le coup.
Sentir la voiture s’arrêter nette.
Voler dans l’habitacle comme toute la merde qui trainouillait là.
Mettre les bras devant le visage.
Juste avant de traverser le pare-brise.
Ressentir de la douleur.
Avant de ne plus rien ressentir du tout.

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