Zombie Kebab – Olivier Saraja

136 Zombie KebabLe magazine Lire a changé de chef. Dehors Bubu, mon petit Busnel, place aux jeunes, place à…
– C’est qui ce chevelu ?
– Julien Bisson.
– On l’appelle Juju ou Bibi ?
– Comme on veut.
– OK.
Place à Juju – qui ne se presse pas.
Ce jour là, il fait le tour de la rédaction. Autour de lui, tout un tas de journalistes très sérieux, chevelus, vieux, un peu bedonnant, mais surtout l’air très grave.
L’un des leurs, un peu vouté, la tronche en biais, interpelle de suite Juju :
– Chrrroooooniiiiquueeeeeuuuuuh.
– C’est une bonne question Sylvian Tesson, assure Juju. Vous aurez tous toujours une chronique dans Lire, mais moins fréquemment. Nous devons rajeunir le magazine, attirer de nouveaux lecteurs, sortir des sentiers battus.
– Griiiiiiimmmpppppeeeeeeeer ?
– Non, littérairement. C’est pourquoi j’ai refait appel à Lilian.
Là, je fais un petit signe de la main.
– Cooooooooooooooon !
– Ouais, Sylvain peut plus me piffrer depuis le jour où j’ai savonné le toit d’un chalet, une vieille histoire…
– Qu’importe, il parlera de mauvais genre et de littérature numérique dans Lire. Après notre dossier sur l’importance de lire, puis sur l’autoédition, c’est le moins qu’on puisse faire.
– Et ma comtesse ? intervient Gérard Oberlé.
– Elle y sera aussi, le rassure Juju. Bien faisons le point sur la rentrée littéraire. Alors Lilian, qu’as-tu à nous conseiller ?
– Zombie Kebab, d’Olivier Saraja.
– Ah oui, tu y vas fort.
– Je bois du sirop sport.

Du coup, pour cette première chronique sous l’ère Bisson, ai-je invité le personnage principal du livre : Hakim.
– Bonjour Hakim.
– S’lut.
– Comment ça va ?
– Je suis mort.
– Le boulot ? Les enfants ?
– Nan, je suis un zombie, je suis vraiment mort.
– Ah… Certes. Donc, Zombie Kebab, comment ça c’est passé ?
– Très simplement, j’ai rencontré Olivier au Kebab et tout est parti de là.
– Salade, tomate, oignons ?
– Mais ketchup.
– Humm.
– L’idée de la viande de mort vivant dans le Kebab…
– Une idée formidable, drôle et tout. Vraiment.
– Il y a peut d’histoires qui se déroulent dans un Kebab.
– Je crois qu’Olivier voulait combler un vide. Tout comme cette histoire de « patient 0 », de zombie intelligent.
– Oui, c’est ici qu’on arrive à vous. L’originalité c’est votre présence, votre état de zombie, mais conscient, intelligent, et ce super sens qui vous permet de ressentir la présence des autres morts vivants autour de vous.
– Voilà, presque un super héros zombie. Il me manquait que la cape.
– Cette relation aux autres zombies…
– Un fonctionnement entre la meute et la ruche. Super bien vu. Je me sentais vraiment au centre de tout, et mis en valeur quoi, malgré mon statut de zombie.
– C’est vrai que c’était singulier. Et très agréable, très malin même. Sans trop dévoiler de l’histoire, que pouvez-vous raconter de plus qui puisse donner envie de lire à nos lecteurs.
– Faut pas rester sur World War Z ou Walkind Dead ou Toxic…
– De Britney Spears ?
– Non de Stéphane Desienne.
– Ah oui.
Là, j’ai mon smartphone qui me rappelle à l’ordre, problème de batterie. Je le branche et réoriente le micro Rode vers la face ravagée du cadavre ambulant, qui d’une grimace cherche à me sourire.
– Il faut se jeter sur cette oeuvre parce qu’elle est l’introduction à une suite encore plus originale ! reprend Hakim.
– Vous êtes sûr ? Olivier ne m’a rien dit.
– Si, si. Une fois la guerre contre les zombies passée, un statu quo se met en place. Et c’est là qu’y a une fucking opportunité.
– Monter votre kebab ?
– Presque. Une franchise de kebab : les « Death Kebab ». Avec du zombie dedans.
– Mais… vos clients ?
– D’autres zombies. Une technique pour assouvir leur faim tout en évitant qu’ils bouffent la terre entière.
– Je pige. Mais avec quoi ils vous paieront ?
– Avec de l’argent. Parce que grâce au statu quo, on va pouvoir mettre des zombies au boulot. Vous imaginez combien cette main d’oeuvre est plus rentable que les robots ?
– Judicieux…
– Voilà. Du coup, je remercie vraiment Olivier d’avoir fait de moi ce que je suis. Depuis que je suis mort, je me sens vraiment vivant.
– C’est presque philosophique ça…
– Ouais hein. Je prends aussi des cours à la Sorbone, parce qu’en tant que mort, j’ai même plus besoin de dormir.
– Incroyable.
– Le prochain siècle sera celui des morts ! Je vous le garantie.
– Je… sais pas si c’est une bonne nouvelle…
– Enfin voilà. Vous savez tout.
– Ok je vais conclure ici. Donc si vous souhaitez passer un bon moment avec un chouette roman pulp, traitant de zombies mais sous un angle original, si vous voulez rigoler, vibrer et devenir un mort vivant, cette novella est faite pour vous ! Zombie Kebab d’Olivier Saraja.
– C’est bon ?
– C’est bon. Je vous remercie.
Son ventre gargouille.
– Excusez-moi, j’ai une petite faim. Vous auriez un collaborateur…
– Prenez Sylvain Tesson, il court plus très vite.

Débrieffing, le soir. Julien Bisson lit et relit mon papier. Il hésite. Il soupire et se frotte le visage.
– C’est peu brillant, conclut-il.
– C’est un début.
– C’est un début, répète-t-il.
Puis une idée lui traverse l’esprit :
– Comme tu n’es pas un littéraire et que tu n’as aucune culture…
– Merci, ça fait toujours plaisir ce genre de compliment.
– Y a Michel Butor qui est mort et qui attend dans la salle d’attente. Tu pourrais l’interviewer également ?
– Pourquoi pas. Il a écrit quoi ?
– La consolidation. Un chef d’oeuvre.
– OK.

Bon, j’ai bien l’impression que je suis en période d’essai. Bubu, tu me faisais tant confiance. Pourquoi es-tu parti si vite.
Bubu !

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