Allo, allo, monsieur l’ordinateur

Et bim !
Dans quelques jours, le Club Dorothée fêtera son fin. C’était le 30 aout 1997. En chanson de Kalitat ! (c’était l’époque où l’Allemagne nous jalousait). C’était il y a 20 ans. Putain 20 ans.
On pourrait croire que ce détail n’a rien à voir avec le livre dont il est question aujourd’hui ; et c’est le cas 🙂 Oui, je souhaitais juste ouvrir cette note sur un point nostalgique, histoire de te provoquer un peu de peine, pour que tu lises la suite avec un affect certain. C’est une technique commerciale éprouvée que j’utilise n’importe comment, parce que c’est drôle.
Ok, revenons- en au bouquin : Moxyland, de Lauren Beukes (rien à avoir à avec Beurk, le méchant d’Aliens).
Auteure sud africaine, Lauren possède une fiche Wikipédia relativement indigente, qu’on pourrait résumer ainsi : elle est née, elle écrit (si si, c’est !).
J’ai acheté son livre par hasard, attiré par une couverture un peu moche – orange, et quelques avis dithyrambiques en 4e de couv. J’avoue, je me laisse souvent convaincre par les avis dithyrambiques en 4e de couv… Sans doute une faiblesse psychologique due à un traumatisme pendant l’enfance. Bref, Moxyland, c’est du Cyberpunk un peu à l’ancienne, mais écrit de nos jours. On retrouve tout ce qui fait le sel de ce mouvement littéraire : un monde imaginaire, technologique, du virtuel, des corpo, des M Johnson… non ça c’est Shadowrun.
On voit donc des méga corpo, de la technologie partout, une chape posée sur la population qui l’asservie totalement. Avec son consentement, sinon c’est pas drôle. Le virtuel à sa part dans la narration, au travers des jeux vidéos. Y a pas vraiment d’implants cybernétiques, de gros flingues et de trucs bourrins, on parle un peu de nanabots, et de comment un soin pourrait par exemple être sponsorisé par une marque de soda, cette marque de soda devenant ensuite un must drink pour que les nanobots assurent leur boulot. Sponsoring terrible. Projection effrayante.
C’est peu ça la force de Lauren, c’est sa capacité de projection. Telle une Hulk Hogan de la SFFF, elle construit un futur probable et pas franchement rassurant.
Le point vraiment particulier de ce roman est la place des smartphones dans cette société future : plus qu’un outil de communication, c’est à la fois une carte d’identité, un contrôle d’accès pour ouvrir des portes, une connexion pour communiquer et échanger, un outil de paiement, un élément central qui offre autant de possibilités qu’il en écarte. D’outil de comm, le smartphone devient un moyen de contrôle des foules. Qui sont OK parce qu’elles veulent continuer à les utiliser.  C’est intelligent.
Je voulais en parler de manière un peu détournée : revenir sur le cyberpunk, les smartphones, ou que sais-je encore puis non. J’ai pas trouvé ça super pertinent.
Je voulais aussi insister sur le jargon dans une oeuvre de fiction parce que la dame, comme elle est allée très loin dans ce sens, ça décoiffe un peu au début (on pige que dalle au début, puis on zappe les mots chelous après), puis en fait non. Ca non plus ça m’a pas éclaté. Ca restera donc une fiche de lecture classique.
Il y a 20 ans, s’arrêtait le club Dorothée.
20 ans.
Il y a 20 ans, les smartphones n’existaient pas. Fallait retenir les numéros de ses copains par coeur, les composer sur le clavier rotatif du téléphone gris, et quand on se filait rendez-vous, fallait être à l’heure pour pas se louper.
Y a 20 ans, on regardait dans le journal la programmation des cinémas.
Y a 20 ans, on pouvait tuer le temps ; c’était lui qui nous tuait. On s’emmerdait. On regardait les nuages. On imaginait des formes. En attendant que nos potes débarquent pour discuter et rigolos comme des tarés.
Ce matin, j’ai téléchargé une appli qui analyse les nuages et dessine des formes avec. J’ai fait des captures que j’ai envoyé à ce pote, qui a déménagé. On se voit plus mais on s’textote pas mal. On se WhatsApp en vrai. J’ai pu besoin d’aller le voir, c’est mon FAI qui me rapproche de lui.
Et dans 20 ans, on fera quoi ?
Est-ce que mon FAI me laissera toujours déconner avec mon pote ?
Est-ce qu’il se sera pas transformé en sale mouchard, en espion ou en tyran, histoire de bien me faire sentir que si je peux profiter de mon pote, c’est grâce à lui ?
Moxyland le pense.
Et toi, après la lecture, bin tu verras…

Allez, la bise.

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