Retranscrire une partie de JDR #2

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Lorsque j’ai pris place, tout semblait clair, limpide. Tout reposait sur un enchainement d’idées, peut-être un peu trop classique, mais au moins, efficace. Le plan était le suivant :
– introduire une situation désagréable (mercenaires d’une armée de losers qui s’est fait ratatouiller), motivante, pour donner aux joueurs le moteur d’entrer en action,
– les amener dans une base accueillante (un village), pour leur proposer d’échapper à la situation désagréable originelle en rencontrant des alliés (des PNJs),
– et poser une menace distante (une ruine maudite) pour confirmer ces nouvelles alliances.

Voilà. Basique. En théorie.
Puis il y a l’épreuve du feu, la confrontation au réel. Aux joueurs surtout.

– Le prisonnier de la garde sait où se trouve Max ! (ça c’est le joueur 1)
– Max ? (ça c’est la joueuse 2)
– La menace ! Ha ha ! (ça c’est le joueur 1, très fier)
– Du coup ça nous laisse deux choix possibles : soit on fait évader le prisonnier, on le suit jusqu’aux ruines et on fait le ménage, soit on négocie avec le chef de la garde pour qu’il le libère, on le suit jusqu’aux ruines, et on nettoie… (joueuse 2)
– Ce qui au fond revient au même… Si j’ai bien compris la dynamique entre les trois PNJs qui veulent faire amis-amis avec nous, ils sont potes, mais ils ont un peu de mal avec le chef de la garde (joueur 3 – dit le dragon arc-en-ciel)
– Oui j’ai compris ça aussi (joueuse 2) Il reste à boire ?
– Je vais chercher des bières (joueur 1 qui écoute de loin)
– Et la prison ressemble davantage à une chaumière réhabilitée qu’à une véritable prison renforcée…
– V’la les binouzes ! (joueur 1)
– Il restait pas des trucs à grignoter ? (joueuse 2)
– On a commandé les pizzas, elles devraient arriver d’ici 40 minutes. (ça c’est moi)
– Après qu’on soit partis quoi ! (joueur 1)
– Allo Pizza c’est plus ce que c’était. D’ailleurs, on a toujours pas inventé Allo bières…
– On pourrait la forcer facilement, mais ça ne serait pas optimum. Donc je propose quelque chose de plus efficace… (joueur 3)
– Allo bières, ça serait sympa ouais ! (joueur 1)
– Des chips ? (demande la joueuse 2 au joueur 3 qui fait mine de ne rien entendre)
– C’est vrai que des chips se serait cool. (joueur 1)
– On avertit le reste de notre armée qu’on a trouvé une ruine maudite à nettoyer, où on pourra s’installer. Ils en seront, c’est sûr. On demande aux gardes de libérer le prisonnier, pour nous conduire à la ruine et on leur propose de tout nettoyer avec eux, sauf qu’une fois sur place, on laisse les gardes affronter le reste de notre armée, normalement, l’armée va gagner, grâce au nombre, mais avec un peu de chance, les gardes tueront notre capitaine. De là, on laisse le reste de l’armée nettoyer la ruine maudite. Une fois fait, on revient au village en affirmant avoir fait le boulot, en pleurant les gardes terrassés durant l’intervention, et nous proposons de prendre leur place. Si tout va bien, une fois équipé, nous pourrons prendre la place du capitaine vaincu tout en asservissant le village. On gagnerait ainsi sur les deux tableaux… En un mot, nous serons les rois de ce monde.
Le joueur 3 éclate d’un rire machiavélique qui nous glace le sang.
Nous nous tournons vers lui. Il n’est plus question de chips ni de pizza. Nos bières sont à quelques millimètres de nos lèvres, et nous sommes incapables d’accomplir le moindre mouvement. Nos yeux sont braqués sur le visage du joueur 3, qui malgré tout ce qu’il fait pour nous étaler sa malveillance sur la table de jeu, vient de répandre une ombre douteuse, rappelant celles de Stranger Things. La lumière même de l’appartement semble le fuir, tant son côté obscur se répand dans le salon.
Pour le coup, j’ai l’impression d’être Will. J’aimerai appelé ma mère à la rescousse, redécorer tout l’appartement avec des dessins douteux puis me rouler sur le sol en PLS en attendant que mes potes viennent me sauver avec la nana télépathe…
Mais non, il n’en sera rien. Je ne suis pas Will. Et nous ne sommes pas dans Stranger Things.
pour autant, notre co-construction imaginaire vient de passer dans le monde à l’envers. Il a sombré, et le joueur 3 nous entraine dans son univers mental, malade, déformé par l’anneau unique qu’il n’a même pas !

Et je m’interroge : c’est quoi son alignement ?

Pas celui de son perso non, le sien, à lui !

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