Donner un avis sur un texte ou comment se faire des non-amis auteurs

Lire un texte, c’est fastoche. Relire un texte, c’est plus délicat. Entre les deux, il existe une zone d’ombre qu’on appelle le « donner un avis subjectif sur un texte ». Ah oui, précision avant de poursuivre : certains relecteurs affirmeront que leur avis est objectif. Bin tient. Si c’était vrai, ils sauraient comment écrire des Best Sellers, et ils s’en priveraient pas (en tout cas, moi pas). Donc, ils seront subjectifs. Ceci étant dit poursuivons.

– Les types d’avis :

Il existe différents type d’avis :

– l’avis ferme du genre « c’est de la merde »,
– l’avis mitigé du type « je ne sais pas trop », appelé aussi l’avis normand,
– l’avis bisounours tel que « c’est vraiment très très bien, mais pourquoi n’es-tu donc pas édité ? Ils sont vraiment débiles dans les maisons d’édition, tout ça parce que tu n’as pas de contact… C’est dégueulasse ! »

Attention : l’avis doit quand même être en adéquation avec la qualité du texte (mauvaise foi s’abstenir).

– adapter son avis à l’état mental de l’auteur :

Donner un avis peut avoir de l’importance. Par exemple, si l’auteur hésite à démissionner pour se lancer dans l’art littéraire, il vaut mieux le prévenir qu’il écrit comme deux pieds gauches. A l’inverse, si l’auteur est alcoolique, dépressif, qu’il prévoie de se suicider, mieux vaut lui donner un avis rassurant (sauf si vous ne l’aimez pas, là vous pouvez y aller franchement – et je vois des petits malins entrain de s’imaginer avec Marc Levy ; c’est pas bien ! Shame on U comme disait la poètesse).

Alors, avant de vous lancer, assurez-vous de l’état mental de votre auteur.

– adapter son avis à l’état physique de l’auteur :

Malgré l’image d’Épinal qui veut qu’un auteur soit un grand, maigrichon, paumé dans son monde intérieur et caché derrière ses lunettes ou malgré la représentations du parisienne du bobo amaigri, chevelus, la mèche devant les yeux et habillé chic, un auteur est une personne physique, normale, qui peut aimer :

– les sports de combat,
– la musculation,
– l’ultimate fighting,
– le saucisson, la bière et les camions.

Et cette liste n’est pas exhaustive : les mémoires d’un métalleux du Nord, les romances d’un videur de boite, les exploits d’une équipe de pompiers etc etc

Il faut impérativement faire attention avant de délivrer son message. Ne soyez ni franc ni direct. Contentez-vous de quelques remarques mielleuses qui devront toujours venir après des compliments bien sentis (par exemple: c’est étonnant ce que vous écrivez bien malgré votre analphabétisme, c’en est presque de la poésie parfois, voire de l’art !). En général, cela suffira à vous sortir d’embarras, vivant.

Vous avez lu le texte, l’auteur n’est pas suicidaire, il est donc temps de lui donner votre avis. Attention, pour que cette étape se passe sans encombre, voici quelques conseils :

– comment donner son avis :

En général, cet avis partagé entre le lecteur et l’auteur est un moment d’intimité, un instant de partage, de respect profond et mutuel, de remerciements réciproques (vous pour avoir lu un texte aussi beau, lui pour recevoir ces quelques commentaires pour améliorer son texte), c’est un recueillement autour d’un texte qui, proche de la béatitude, emportent deux être au paradis…

Que nenni ! Bien souvent, c’est une guerre ouverte ! L’un dit qu’ici ça merde, l’autre lui fait remarquer qu’il ne sait pas lire, alors l’un revient sur un rebondissement tiré par les cheveux, et l’autre lui assure que ce n’est tiré par les cheveux que pour les êtres limités intellectuellement etc etc.

Il faut donc éviter toute rencontre au moment de l’avis : un simple mail, une lettre, un enregistrement suffira (mais pas vidéo ! sinon l’auteur associera vos remarques à votre faciès et il vous chassera sans relâche !). Si vous ne pouvez pas lui remettre ainsi, abstenez-vous. Prétextez du travail, une maladie, une mamie agonisante, ou n’importe quel autre excuse qui vous viendra.

Attention toutefois : donnez votre avis par écrit vous engage devant la loi s’il arrive quelque chose à l’auteur après votre susdit avis.

– éviter l’avis de l’avis :

Un auteur se croira toujours obligé de répondre à votre avis. Il reprendra vos arguments, les tortura, et cherchera à les mettre en défaut pour démontrer que oui, vraiment, il est un bon auteur, il est doué, plus que n’importe quel autre, il est unique, il ne pourra en rester qu’un…

Cet avis d’avis ne vous avancera pas à grand chose. Piqué au vif, l’auteur ne voudra pas discuter, il se contentera  de vous enguirlander, de vous frapper, de vous tuer et de cacher vos viscères dans un champs de blé du 77 (et Dieu sait qu’il y en a des champs de blé dans le 77).

Ne discutez pas. Ne répondez pas. Adoptez la tactique judoka de la tortue : faites le dos rond, reculez lentement, quittez les lieux et courez.

– où donner son avis :

Suite aux remarques précédentes, vous avez compris qu’un avis ne se donne pas chez soi. C’est interdit par le code de survie du relecteur. Un avis se donne dans un lieu public !  A une heure de pointe !

Toujours ! Quoiqu’il arrive !

Conclusion :

On pourrait croire que donner son avis est quelque chose de facile, et bien non. Il faut s’entourer de précautions. Beaucoup de relecteur ont disparu ces dernières années, et certains, de peur de représailles, sont devenus critiques littéraires.

Alors maintenant que vous êtes averti, réfléchissez bien avant de vous livrer. Vous pourriez le regretter…

Pour avoir un avis de ma part, vous pouvez me contacter. Mais attention, je respecte l’ensemble de ces règles !

2 réflexions sur « Donner un avis sur un texte ou comment se faire des non-amis auteurs »

  1. Très factuel, tout ça 😉
    Au risque de donner mon avis, appelle cela: « La relecture est un sport de survie ».

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