L’exemple américain : le marchandising du relecteur

La grande question pour tout relecteur passionné qui travaille dans l’univers littéraire est « Comment vais-je manger ce mois-ci ? ». Grave question ! Et existentielle en plus !
Comme à chaque fois, lorsque nous parlons argent, nous nous devons de regarder l’exemple américain. Comment travaille un relecteur américain ? Combien gagne-t-il ? s’en sort-il mieux qu’un relecteur français ?

Début des années quatre vingt, les relecteurs américains vivaient dans la même situation que les relecteurs français actuels : beaucoup de manuscrits à relire, peu d’argent. Certains, après avoir été ruinés suite au choc pétrolier, travaillaient même sur de tabouret dans les rues, se bradant à des prix effroyables. La situation ne pouvait perdurer. Aussi, un groupe d’ami, fan de Star Wars, décidèrent d’utiliser la recette de George Lucas, et se lancèrent dans le marchandising.

Dès lors, ils commencèrent à fabriquer des pin’s à leur effigie, pin’s donner gratuitement aux auteurs pour se faire connaître. Le procédé fut décliné : vint des posters, des T-shirts, des casquettes, des peluches et même des boissons gazeuses. L’objectif était de transformer un relecteur en marque. Dès lors, le relecteur attirait de grands auteurs, grands auteurs qui demandaient à leur maison d’édition de régler la note.
Certains sont même allés jusqu’à organiser des séances  de dédicaces, séances où ils signaient les œuvres d’auteurs qu’ils avaient relus.

Grâce à ce marketing agressif, les relecteurs ont abordé les années quatre vingt dix – deux mille avec tranquillité.

Puis la crise des subprimes est arrivée. Aujourd’hui, la tendance se poursuit mais se fait plus subtil : les auteurs ne veulent plus de pin’s ou de peluche, ils se concentrent sur la relecture de leur manuscrit. Qu’importe, le marchandising a dû s’adapter.

La trouvaille de ces derniers mois est la « CorrectBox » aussi appelé « coffret de relecture ». Repartons du constat : l’auteur est pauvre, c’est un fait, son entourage l’est tout autant (rappelons qu’en France un français sur deux vit au dessous du seuil de pauvreté). L’idée a donc été de mutualiser cette pauvreté pour permettre une relecture d’un manuscrit et faire naître l’espoir (toujours vendeur l’espoir). La « CorrectBox » n’est autre qu’une relecture à offrir (pour anniversaire par exemple).

Imaginez le regard de ce jeune auteur lorsqu’il découvre qu’un relecteur professionnel va corriger ses huit cent pages. Imaginez sa famille ayant vendu leur reins pour lui offrir ce service. Vous voyez ? Quel bonheur ! Quel sacrifice ! Pour la bonne cause en plus !
Maintenant, postez-vous en tant que relecteur et imaginez les chèques arriver pas la poste. Tout est dit.

On ne le dira jamais assez mais l’exemple américain n’est pas idiot. Par leur imagination et leur volonté, les relecteurs de l’autre continent ont su créer un modèle économique viable, qui s’inscrit dans la durée.
Maintenant, libre à vous de faire fabriquer des pin’s avec votre visage. Mais il ne faudra pas venir pleurer si vous vous retrouvez avec un imposant stock d’invendus.

2 réflexions sur « L’exemple américain : le marchandising du relecteur »

  1. Excellent ! Je cherche de suite un fournisseur de Pin’s !
    Plus sérieusement, il est effectivement très difficile pour un auteur d’offrir une bonne correction à son manuscrit (même si la correctrice vient de diviser ses prix par deux… rire) et je trouve ton idée magnifique.
    La famille, les amis, en faisant ce cadeau, montrent à l’auteur qu’ils ont foi en lui et cela le regonfle à bloc ! D’où ensuite un excellent travail avec la correctrice.

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