Le début d’un roman ou comment devenir dépressif

Une fois l’histoire trouvée, le plan établi, le français appris, des papiers et un stylos volés, vous êtes prêts pour commencer à écrire. Mais voilà, comment commence-t-on un roman ? Qu’est-ce qu’il faut mettre ? Ne pas mettre ?

Le début est déterminant !
Un lecteur d’un comité d’une maison d’édition se fait un avis des les premières pages, avis qui se confirme dès les trois premiers chapitres. Il faut donc le soigner, le lire, le relire, jusqu’à le connaitre par cœur, jusqu’à en avoir les yeux qui saignent. Donc : AUCUNE faute d’orthographe, AUCUNE approximation, AUCUNE méprise de vocabulaire. Si vous craignez d’écrire une énormité, restez simple. C’est toujours mieux que de prouver combien vous êtes nases dès la première ligne.

Les débuts « cinéma » sont loin d’être une bonne idée.
Laissez-les aux vrais écrivains. Vous n’êtes qu’un apprentis, et en tant que tel, personne n’attend de vous que vous révolutionnez la littérature. Non, on attend juste une bonne histoire, relativement lisible, qui se tient sur la longueur, pour la vendre et en tirer du pognon (pognon pour vous, pognon pour la maison d’édition).
Ainsi, évitez les références climatiques :
– Ce mardi d’été 85, il faisait beau et chaud.
Evitez les objets :
– Le gobelet en plastique était plein d’eau.
Evitez les zooms, qui rendent si bien au ciné, mais pas tellement à l’écrit :
– Un poil. Un poignet. Un bras. Un épaule. Un torse. Un corps étendu.

Concentrez-vous sur l’essentiel, sur ce qui intéresse votre lecteur : votre personnage !
Exemple :
– Lorsque le réveil sonna pour annoncer la pause de midi, Euclide se réveilla, le clavier gravé sur la joue.
Sacré Euclide !
Tout de suite, le lecteur est happé par l’univers de cette personne et se questionne :
– il dort à midi ?
– pourquoi un réveil ?
– un clavier, c’est un administratif ? un fonctionnaire ?
– et Euclide ? Qui ose s’appeler Euclide aujourd’hui ?
Voilà, vous avez fait votre boulot d’écrivain, vous avez piégé le lecteur. Maintenant, pour avoir ses réponses, il n’a plus qu’un seul choix : lire votre bousin.

Cette phrase ne doit pas être trop courte.
Effectivement, si vous respectez le point précédent, mais n’apportez rien comme élément pour susciter la curiosité, l’intérêt ne vient pas. Il faut donc qu’elle apporte des informations qui nous captent.
Contrexemple :
– Paul est tombé.
– Marc aime Sophie.
Ca vous questionne ? Non hein. Alors que dès qu’on allonge un peu le bazar, ça devient tout de suite plus attrayant :
– Paul est tombé sur un costume nazi dans l’armoire de son grand père.
– Marc aime Sophie malgré ses tendances zoophiles, qui, il doit bien le reconnaitre, l’intriguent autant qu’elles le dégoutent.
Là tout de suite, ça a de la gueule !

Le point de vue ou « qui est le narrateur ? »
Le lecteur s’en fout. J’exagère un peu quand même : le lecteur veut savoir qui lui raconte l’histoire, et c’est tout. Il faut éviter de changer de narrateur, sauf si vous le précisez clairement.
Exemple:
– Je mange des haricots. Et moi j’en suis au fromage.
comment savoir que les deux « je » ne sont pas la même personne ? Même un retour à la ligne ne le précise pas.
L’angle d’attaque par contre peut être externe :
– Il mange des haricots.
Interne :
– Je mange des haricots.
Inxterne :
– Tu manges des haricots.
Attention car dans ce dernier cas, le « tu » provoque une distance qui créé ex nihilo le « je » (et ce n’est pas de la psychothérapie hein !).

Le temps ou « ça s’est passé quand ? »
Là aussi, le lecteur s’en fout. Il doit seulement être cohérent avec le temps de la narration du reste du livre : passé, tout au passé ; présent, tout au présent.

Le type de scène n’a pas d’importance.
Ca peut être un moment de calme intense, juste après une explosion ou avant un coït, on s’en moque. Ce qui est important, c’est d’être accroché. Là encore, gare aux informations délivrées.

Arrivez ici, vous ne savez plus comment commencer ? Vous êtes terrorisé ? Vous tremblez devant votre clavier ? C’est bien, vous avez compris ce que c’est que d’écrire.

On n’est pas là pour rigoler !
Alors soldat, 50 pompes, et vous irez me la pisser votre première phrase !

2 réflexions sur « Le début d’un roman ou comment devenir dépressif »

  1. On avait eu cette discussion : quels sont les différents débuts possibles pour un roman ou que mettre en scène dans cette première phrase.
    Un personnage
    Un objet
    Un lieu
    Un moment
    Une action
    Une idée

    Et même si c’est le perso qui souvent l’emporte, c’est finalement l’entrée en matière la moins originale qui soit. Personnellement, j’avais trouvé ‘l’idée’ comme étant l’entrée en matière la plus riche de sens et de sous-entendus.
    Et finalement, j’ai presque envie de dire que chaque début peut être justifié. A part le zoom. Là, oui, heu, c’est juste pas possible

    1. Ces derniers temps les débuts en matières rébarbatifs sont de deux types : encyclopédique et météorologique.
      Encyclopédie : « C’est sur la planète d’IldeBurh, en 3598, que fut inventé le dépresseraseur, l’appareil qui dévorait la dépression. Basé sur la technologie Furkh, il fut tout d’abord… » Sur 4 ou 5 pages. Ca ne vaut pas Le seigneur des anneaux, mais ça peut te tuer si tu n’es pas prévenu.
      Météorologique : « La pluie s’abattait méchamment sur les plaines de l’ouest. Le vent fouettait l’herbe, les obscurcissaient les terres, et les feuilles virevoltaient. Soudain, des éclairs retentirent, éblouissant les environs. Le vent redoubla. Les arbres se pliaient sous sa force… » Pendant encore quelques paragraphes.

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