Bohème – Mathieu Gaborit

Mathieu Gaborit mérite le respect. Il le mérite parce qu’il est jeune, parce qu’il a collaboré à Casus Belli et parce qu’il a travaillé dans le milieu du jeu de rôle (notamment sur Agone). Pour les personnes de ma génération, ce parcours est presque un modèle à suivre. Limite une success story.

Lorsqu’on m’a prêté ce livre, je me suis dis : « Woooo, je vais enfin lire un roman de cet auteur ! ». Je l’ai donc ouvert et me suis jeté dedans.

De quoi ça parle ?

Pitch de la Fnac : « l’Europe est recouverte d’une substance corrosive et mystérieuse : l’écryme. Des traverses, infrastructures métalliques qui se perdent à l’horizon, surplombent cette mer de brouillard et relient les villes.

Louise Kechelev est avocate-duelliste à Prague. Ses parents, en apparence honnêtes bourgeois à la tête d’une entreprise, mènent en réalité un combat souterrain contre le régime tsariste. Mais leur dirigeable transportant une cargaison compromettante disparaît un jour dans l’écryme, non loin d’une seigneurie traversière dominée par la figure cruelle du boyard Alexis Koropouskine.

Tandis qu’à Moscou, la révolution gronde et oppose les militants des Soviets aux partisans de la Propagande et du tsar, aidés par des créatures surnaturelles nées de l’écryme, Louise, d’abord réticente, accepte de s’engager, d’aider ses parents, et entame un long périple sur l’écryme. »

Qu’en retirer :

Tout d’abord ce n’est pas un mais deux romans. Ensuite, la construction du monde est d’une incroyable précision. Enfin, l’ambiance est décrite avec talent et il émerge quelques scènes cultes (comme le prologue notamment) qui donnent à ces deux livres un goût très particulier. L’uchronie ici dépeinte est un modèle du genre. Le fait que ces deux romans proviennent du jeu de rôle « Ecryme » doit y être pour beaucoup.

Faut-il le lire ?

Indéniablement oui car pour la construction d’un univers, n’importe quel auteur prend une leçon sur l’art et la manière. Par contre, ces romans témoignent aussi de la difficulté de ne pas se laisser emporter par le monde créé : les personnages sont souvent en retrait,  même ceux disposant d’un caractère bien trempé, et dans le second roman, ils se multiplient pour apporter différents points de vue. Résultat, on s’y perd un peu. L’intrigue elle-même, compressée par le format (tous les deux courts), n’arrive pas à emporter les héros vers quelque chose d’épique. En conclusion, construire un monde original, possédant une cohérence interne forte et une identité spécifique, est un premier point pour réussir un roman, mais il faut faire attention de ne pas se laisser trop emporter par cet univers inventé.

En résumé : pour un auteur, oui. Prenez une vraie leçon de construction d’univers !

Pour un lecteur, préférez Les chroniques des Crépusculaires.

Ps : Remerciements au Belge qui reste ma référence en terme de littérature de l’imaginaire.

2 réflexions sur « Bohème – Mathieu Gaborit »

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