Avec quoi vais-je écrire ?

Un auteur, en bon artisan qui se respecte, doit utiliser de bons outils (comme le chasseur chassant chan chon chien achéché). J’entends déjà ceux du fond de la classe pouffer, chuchotant avec suffisance : « un auteur, ça utilise word, et pi fé tout ! ». Que nenni vils décérébrés fermés à la curiosité ! Un auteur dispose de plusieurs outils, différents, qu’il doit choisir en fonction de sa manière de travailler. N’ayons pas peur de le dire : tous les auteurs n’écrivent pas de la même manière ! Tous les auteurs n’utilisent pas les mêmes outils ! Tous les auteurs ne sont pas aussi bons que moi ! (facile celle-là :))

Décortiquons les profils des auteurs, n’oubliant pas que chaque technique n’influe pas sur la qualité du texte rendu :

1/ Le romantique sado-masochiste :

Ce type d’auteur travaille à la bougie, avec une plume et un encrier, sur du papier crépon ou de papier jauni au café. On les reconnait aux tâches sur les manuscrits.

Ils ne font souvent qu’une brève carrière, devenant vite aveugle, ce qu’ils trouvent, ils le reconnaissent eux-mêmes, comme étant le summum du romantisme sado-masochiste.

On les reconnait dans les maisons de retraite à leur chemise à jabot, et aux romans audio qu’ils écoutent en boucle à longueur de journée (souvent Anne Rice).

2/ L’archéologue :

Ce type d’auteur utilise des outils passéistes pour écrire. En général, un stylo et un cahier suffit à faire leur bonheur. Ils passent donc des heures à noircir des pages, se détruisant les muscles des mains et les ligaments des doigts. Toutes les cinq cent pages, ils finissent chez leur kiné préféré, auprès duquel ils ont un abonnement à l’année, pour se faire masser ledit organe. Une fois remis, ils reprennent avec férocité leur passion.

Attention : écrire à la main nécessite bien plus de papier que de travailler sur des imprimés (une page A4 = plusieurs pages d’un cahier A4 Super Conquérant à grands carreaux), ce qui fait que les écologistes les détestent.

Il ne faut pas croire que ces auteurs n’innovent pas : ce sont les précurseurs du copié-collé, qu’ils faisaient au début des années 60 avec des ciseaux et de la colle huhu. Si les traitements de texte disposent de ces fonctions aujourd’hui, c’est bien grâce à eux.

Avec les années, il faut le savoir, 20 % de ces auteurs perdent l’usage de leur membre écrivant. Il ne leur alors que trois choix : arrêter d’écrire, ce qu’ils font rarement, poursuivre avec l’autre main, tant que celle-ci fonctionnera, se faire greffer une nouvelle main, ce qui devient de plus en plus abordable grâce au trafic d’organe.

3/ Le Wordiste :

Depuis l’apparition du Pack Office, toute une frange d’auteurs s’est jetée sur Word (peu importe la version). Cette fois, aucun papier, nul besoin de stylo, il faut acquérir un ordinateur, acheté le logiciel et se lancer. Loin des 386 sx 25 ou des 486 qui suivirent, et leur prix avoisinant les 10 000 francs, les ordinateurs d’aujourd’hui (dès 300 euros pour les netbook) permettent d’écrire de bons, de longs et de jolies manuscrits, que n’importe quelle imprimante (même de qualité moyenne) saura vous tirer.

Attention toutefois : autant la version de Word importe peu, autant la taille de l’écran et du clavier peut influer sur la qualité du travail. Dans les soirées mondaines parisiennes, nombres d’auteurs sont voûtés, ou ont les mains crispées. Ils ne peuvent briller, ni boire du champagne élégamment, résultat, aucun éditeur ne leur fait confiance (ils ressemblent trop à Eric Zeimour). L’équipement est donc déterminant !

Un manuscrit d’un jeune Wordiste est reconnaissable en ce sens qu’il sera inutilement mise en page : police pour créer un ambiance, image insérée, pire, wordart incrusté, marge décalée, page sautée, le jeune Wordiste use des trop nombreuses options de ce logiciel. Résultat : il discrédite son travail. Avant de se lancer dans Word, un jeune auteur devrait donc faire ses premières armes sur un traitement de texte plus léger, type Wordpad, voire Bloc-notes.

Les vieux Wordistes quant à eux se reconnaissent à leurs yeux secs et rouges. Ils les ont usés en travaillant avec une police noire sur fond blanc. Les plus malins choisissent une police blanche sur fond bleu, ce qui les rend daltoniens, mais leur conserve une bonne humidification oculaire.

4/ Le mi-pro :

Le mi-pro est un auteur insupportable qui ne sait pas ce qu’il veut : il a peur d’être assimilé aux pros, et donc qu’on le traite de vantard, mais en même temps, il cherche à se différencier des Wordistes, qu’il assimile aux kikoolol, c’est à dire aux auteurs débutants, bourgeonneux, qui rédigent leur premier manuscrit maladroit et souvent pas terrible.

Le mi-pro utilise donc :
– Wordpad : le mi-pro minimaliste,
– Open Office : le mi-pro du libre un peu geek,
– Page : le mi-pro bourgeois sous mac,
– Writing Outliner : un plug-in à Word, qui est proche de Scrivener, mais sans l’être, ce qui évite son coté prétentieux.

5/ Le pro :

Celui-là, il n’est pas là pour rigoler. Il est LE mercenaire d’appel à texte, qu’il appelle « AT » pour faire plus pro encore, il écrit tous les jours, il invente tous les jours, il planifie, il pitch, il synopsis, il créé des personnages, des intrigues, pour y arriver, il se drogue, naturellement, et pour faire le tri dans ce bordel désorganisé et over-cloqué qu’est son cerveau, il recourt à des logiciels pros. Etant un pro lui-même, il trouve d’ailleurs cela légitime.

La plupart des pros utilisent Scrivener . Le feu d’artifice créatif est attrapé à la volée, il est découpé, trié, fiché, rangé, et mis en forme pour pouvoir donner naissance à un beau roman. Ce logiciel est utilisé par les scénaristes de série célèbre. Dite-le à haute voix ! Redites-le à haute voix! Maintenant lisez : « Je travaille avec ce truc là, ce logiciel qu’utilisent les scénaristes US, mais si, C’est même Joss Wehdon qui me l’a filé ». Ca pète hein ! C’est autre chose que « J’ai acheté Word chez Surcouf, pourquoi ? ». Là, on comprend lequel est un pro, et lequel est un bidouilleur.

Parfois, Scrivener ne semble pas assez confidentiel, il utilise alors l’artillerie lourde pour époustoufler la galerie lors d’ateliers d’écriture où il enseigne : « J’écris mes textes avec LIQUID STORY BINDER XE ! ». Là, les étudiants la ferment de suite, par respect.

Certains utilisent CeltX, mais eux, ils ne s’en vantent que sur des blogs ou des forums confidentiels, ce logiciel ayant moins de renommé que les deux précédents.

Conclusion :

Il n’existe pas autant d’outils que d’auteur. Pour autant, il faut choisir celui qui vous convient. Deux éléments doivent être pris en considération : le prix de l’outil, sa simplicité d’action. En effet, si vous écrivez pour vous divertir, inutile d’aller chercher l’outil le plus cher. Si votre production se résume à des nouvelles, voire des novellas, préférer un outil simple qui ne vous prendra pas la tête lors de la prise en main. A la limite, faites des fiches à l’ancienne, sur papier. C’est mal pour l’environnement, mais quand on veut tirer 800 000 exemplaires de son roman, on s’en tamponne des arbres, non ? Enfin, si par contre vous devez travailler sur une série, comme Joss, recourez à un outil vous permettant de ficher vos personnages, leurs interactions, vos scènes, et le moment de leur déroulement, l’intrigue, et ses rebondissements.

En un mot : faites votre choix et démerdez-vous un peu.

Source :
Le formidable topo de Lionel Davoust : http://lioneldavoust.com/2011/07/tour-dhorizon-des-principaux-logiciels-decriture
Liens :
http://writingoutliner.com
http://www.literatureandlatte.com/scrivener.php
http://www.blackobelisksoftware.com
http://celtx.com/index.html

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