Avec quel style vais-je écrire ou l’art de choisir sa technique de ninja !

Un auteur doit réfléchir deux secondes avant d’écrire sur le « Comment vas-je raconter cette histoire ? » ou encore « Avec quel style vais-je écrire ? ». Choisir un style, c’est faire appel à des milliards d’années d’écritures, c’est se référer aux grands maitres ancestraux, c’est apprendre leurs techniques, les comparer et les faire siennes, pour choisir la plus adéquate au récit qui va être écrit. Ce n’est pas rien. Faisons le point autour de quelques questions non-exhaustives.

1/ Le point de vue : qui va raconter quoi ?

Lorsque vous vous retrouverez devant votre clavier, votre page word vierge, votre plan imprimé, prêt à en découdre, vous vous poserez la question du point de vue du narrateur : mode « je » ? Ou « il » ? Sera-t-il un personnage ? Un narrateur omniscient ? Ou extérieur aux personnages ? Un observateur ? Une plante carnivore quadrupède ?
Là, pas de préconisation : démerdez-vous. Après tout, vous êtes l’auteur de ce texte.
Notez simplement qu’à la première personne du singulier (dit le mode « je ») l’identification avec le personnage est facilité. Le lecteur sera donc plus sensible à ce qui lui arrive mais, par contre, les descriptions seront plus difficiles à rendre intéressantes, vivantes.

Exemple : « Je revenais du collège lorsqu’elle m’a interpellé. Je me suis approché, gêné, les joues rouges. J’avais caché mes mains dans mes poches, pour masquer leur moiteur, et j’ai arboré un sourire plein, franc, un de ces sourires qui découvrait mon appareil dentaire »

On s’y croirait hein ?

Le mode « il » (ou troisième personne du singulier) permet d’avoir une vision plus extérieure. Les descriptions seront plus vivantes. A l »inverse, il se créé une sorte de distance entre le lecteur et le personnage, qui fait que le lecteur est spectateur. Il s’identifie moins, ce qui ne veut pas dire qu’il trouvera le texte moins passionnant.

Exemple :  » Il traversa la cours du collège, remontant le long des grilles grignotées par la rouille. Il avançait fièrement, heureux de retrouver sa liberté, s’imaginant déjà devant son poste de télévision, à regarder ses dessins animés, lorsqu’elle lui fit signe. »

On s’y croirait ? Aussi. Mais on n’est plus dans le personnage. On est autour de lui. Est-ce que ça change beaucoup de chose ? Oui. Est-ce que c’est plus efficace ? Tout dépend. Est-ce que c’est plus long ? Probable. Et si vous me lisez, vous savez que plus c’est long, moins c’est payé.

Il existe d’autres possibilités, mais attention à ne pas perdre le lecteur avec une narration trop avant gardiste ou trop surprenante : autant le lecteur aime lire la même histoire, autant il apprécie qu’elle soit racontée d’une manière habituelle, déjà vue, voire usée. N’hésitez pas à faire comme les autres ou mieux, n’hésitez pas à recopier des morceaux de textes d’auteurs que vous appréciez (on ne vous traitera pas de copieur si vous utilisez l’argument de l’intertextualité).

2/  le temps de la narration

Présent ou passé, telle est la question.
Tout dépend : pour la Fantasy, préférez le passé. C’est toujours plus classe de se situer dans un monde lointain et le passé instaure une distance. De plus, ça permet d’utiliser des tournures de phrases un peu vieillottes qui font « style ».

Pour les autres types de textes, vous pouvez vous risquer au présent. Après tout, si ça se passe de nos jours, pourquoi s’embêter avec du passé simple et des tournures alambiquées ? Faites simple ! N’oubliez pas que le lecteur vous lira dans un RER ou un métro. Il ira ou reviendra du travail, il sera fatigué, démotivé, prémâché donc lui le travail.

Même la SF au présent ? Mais oui. C’est toujours moins ringard qu’écrire le futur au passé. N’utilisez pas par contre le futur : le futur au futur éloigne trop. L’histoire en perdra en vraisemblance.

Quid des autres temps ? Personne ne les utilise plus. Oubliez-les !

La voix passive ? A ne jamais utiliser. Ca donne un côté passif très désagréable. Comparez : « John a été tué par le boucher de Mayfair. » Dans cette phrase, John est un con un peu lâche qui n’a pas su se défendre. On lui en veut presque de s’être fait tuer comme ça. Merde, John, un peu de nerf, pète lui le nez au boucher ! Maintenant à la voix active : « Le boucher de Mayfair attrape John, lui plante son couteau dans la poitrine, et le regarde se vider de son sang. » John a moins l’air con. C’est une victime. Oui, il n’a pas pu se défendre, mais c’est normal hey, c’est le bouche de Mayfair quand même ! On ne lui en veut pas. On le comprend même. On compatit. Pauvre John. Pas de bol. Mauvais endroit, mauvais moment.

3/ Par quelle manière ?

Nous y reviendrons plus tard.

4/ Question de police

a) jouer sur la police de caractère
Il arrive que lorsqu’un personnage lit le journal, ou quand il s’adresse à un robot, l’auteur est envie de choisir une police qui fasse « journal » ou une police qui fasse « robot ».
Après tout, les effets de styles peuvent aussi être dans la forme, non ?

Oui. C’est très plaisant. Imaginez, lire « Le seigneur des anneaux » en lettres gothiques, petites, grasses, toutes serrées, quoi de mieux que pour se mettre dans l’ambiance ? Pour faire le tri entre les bons lecteurs, et les glandouilleurs, curieux, même pas geeks ?
Rien hein ! Nous sommes d’accord.

De là, doit-on l’utiliser systématiquement ?
Tout dépend de ce que vous écrivez : en SFFFH (y a assez de F ? Je ne sais jamais), ce jeu graphique est toléré. Je dis bien toléré car c’est loin d’être accepté par toutes les maisons d’édition.

b) jouer sur la taille de la police
il s’agit d’une technique visuelle, visant à simuler le chuchotement, le cri – dans les dialogues – ou la révélation.
Exemple :
– JE N’AIME PAS LA SOUPE CHOUX !
au lieu de :
– Je n’aime pas la soupe au choux, cria-t-il.
Egalement :

– Le monstre arrive…
– Chut, il va nous bouffer !

A noter : il faut bien choisir son lectorat : cette technique s’adresse à des lecteurs pré-ados, ados, ou tout juste adultes. Les vieux à moitié aveugle ne pourront tout simplement pas vous lire.

Si vous souhaitez écrire pour des vieux, recourez plutôt à la première technique en faisant constamment crier vos personnages.
La révélation est plus problématique : elle doit être manipulée avec précaution pour surgir quand le lecteur ne s’y attend pas, comme ça, vous pourrez lui crier de toute votre force que oui, VOUS ETES UN VAMPIRE !

En théorie, le lecteur tombe de sa chaise après un coup pareil. Là encore, faites attention à votre lectorat : blesser un lecteur est contreproductif, adressez-vous donc à des personnes lisant dans leur lit, ou dans leur canapé. Leur risque de chute est bien moins élevé.
Attention : cette technique, lorsqu’elle est mal-utilisée, provoque l’hilarité. Le texte perd de son coté dramatique et toute la tension instaurée durant les 5 000 pages précédentes fond comme une bonhomme de neige dans un four micro-onde. Utilisez la à bon escient, pas plus d’une fois par roman.

5/ Question de ponctuation

Ces derniers temps, dans les textes de jeunes auteurs, il n’est pas rare de voir la ponctuation malmenée : on retrouve des « !!!!! », des « ??? », voire des « ?!? » et iversement « !?! ».

Ces emprunts à la bande dessinée jouent sur le visuel, sans qu’on en connaisse vraiment la valeur. Vous comprenez vous la nuance entre « ?!? » et « !?! » ? Non hein.

L’auteur aura donc tout intérêt à se méfier de ces figures de style, pas vraiment apprécié dans les maisons d’édition. Peu importe l’univers, laissez ça à la BD, sinon, pour vous distinguer, vous allez commencer à écrire dans des cases.

Conclusion :

C’est la dernière étape avant de passer à la rédaction et il faut y passer un peu de temps : vous vautrez sur la forme pourrait vous être vraiment préjudiciable. Personne n’a envie de réécrire votre roman ! Pas même vous ! Non hein !

Conservez donc ces conseils précieusement et choisissez en âme et conscience. Après tout, vous avez le droit de ruer dans les brancards, et les éditeurs ont le droit de ne pas vous retenir, et les lecteurs ont le droit de vous descendre en flamme sur leur blog.

2 réflexions sur « Avec quel style vais-je écrire ou l’art de choisir sa technique de ninja ! »

  1. Personnellement, un texte au présent, a fortiori de la SF, ça me pique les yeux. Pire, si je connais pas le bouquin et qu’il y a pas un bandeau rouge bien marketing dessus, et que c’est au présent, je le repose dans l’étalage !

    Pour le passif, je serais moi catégorique…

    Et sans déconner, ya des auteurs qui arrivent à être publiés avec des « ??? » dans leur manuscrit ? (?!?)

  2. Oui. Dans la littérature blanche, souvent dans la branche auto-fiction.

    Pour le présent, en dehors de cet exercice de style très « mauvaise foi », je pense que c’est une question de goût du lecteur (et peut-être d’habitude : pour nous le passé EST le temps de la narration). Maintenant, la mode est au présent, cf la modification du club des 5, parce que c’est un temps jugé plus facile à lire. D’ici quelques années, ce sera peut-être le futur 😉

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