Un roman français – Frédéric Beigbeder

(Tiens, la vignette ci-contre est énorme… faudra que je regarde comment les réduire tout de même ; ça fait pas beau).

F.B., comme je l’appelle lorsque nous buvons des bières sur Paris, est un auteur que j’apprécie. Il est intelligent, cynique, drôle, un zest décalé, il aime la littérature américaine, il est détaché (ou fait semblant de l’être), il écrit avec talent, il a une fille, il aime le sud ouest, il boit, il s’est drogué, il couche avec des femmes, il a été en garde à vue, en un mot, c’est un homme bien.

Lorsqu’il a écrit ce livre, il a voulu nous parler de lui, mais à sa manière. Pour confirmer cette affirmation zélée, voici le pitch de mon partenaire non officiel : « Une garde à vue de l’auteur le mène à se poser des questions sur son identité, sa famille, son enfance. « J’ignore où j’étais entre 1965 et 1980 ; c’est peut-être la raison pour laquelle je suis égaré aujourd’hui ». Son bref passage en prison lui fera l’effet d’un révélateur. Un roman autobiographique unanimement salué par la critique comme sa plus grande réussite littéraire. »

On notera au passage la congratulation du résumeur.

Est-ce de cela dont-il s’agit ? Oui. Parle-t-on d’autre chose ? Non. est-ce intéressant ? Oui et non. L’exercice de parler de sa vie est risqué : tout le monde a une vie, elle est une histoire, intéressante pour ceux qui la vivent, qui y participent, mais elle n’est pas forcément agréable à regarder (le nombre de faux-amis qui m’ont décrit leur vie insignifiante et déprimante est hallucinant !). Il faut donc, soit trouver des moments intéressants, en faisant un tri drastique, soit trouver des instants touchants, soit mettre en avant ce qu’il y a d’universel dans sa propre histoire (qui permettra à tout un chacun de s’y retrouver, de s’identifier, de se remémorer et donc d’apprécier).

Dans ce livre, on trouve de tout : du général, du touchant, du passionnant, de l’ennuyeux, de l’ultra-personnel ; du coup on sourit, on s’émeut (mot passablement moche), on comprend, on découvre, on aime, on aime moins, bref, on lit.

Par rapport à ses autres textes, celui-ci est moins percutant : le style est toujours le même, mais les phrases assassines, celles qui percutent le lecteur comme un crochet du gauche, digne des publicités des grandes marques (punch line?) sont moins présentes. Sans doute parce que l’auteur, malgré son recul et son cynisme, et qui est en colère contre lui-même, ne l’est pas vraiment contre l’enfant qu’il était. Le texte est plus personnel aussi : F.B. ne se cache pas derrière des personnages de carton (oserai-je dire plus intime ? Carrément !). Le tout est donc plus touchant. Je n’ai quand même pas pleuré (je ne pleure jamais), mais j’ai senti quelque chose vibrer dans ma poitrine de serial killer.

Faut-il le lire ?

Pour un auteur, aborder ce livre avec un regard professionnel pourrait vous faire passer à coté de l’essentiel : l’essentiel, c’est la vérité qui se dégage de toutes ces lignes. C’est cette vérité qui fait que son texte nous accroche, que nous sommes émus. On pourra lui reprocher une fin trop romanesque, il n’empêche, la sincérité mis en avant par l’auteur est émouvante. Pour des détails plus techniques, mieux vaut aller voir ses autres livres.

Pour un lecteur : foncez ! Je ne vous garantis pas que vous aimerez. Mais vous mourrez moins insensible. Et vous saurez faire des ricochets. Ce qui est toujours bien vu entre bonnes gens.

Ps : la préface est sympatoche aussi.

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