Où écrire ou quelle stratégie géographique utiliser ?

On imagine que l’auteur muni d’un clavier, avec un écran, ou d’un stylo, avec du papier, peut travailler où bon lui semble. Pour preuve : beaucoup d’auteurs possèdent un vrai travail, ils écrivent donc durant la pause du midi à leur bureau, sur leur chantier ou dans une salle de sport qui leur sert d’excuse (j’écris pas chef, je m’entretiens !).
Comme nous l’avons vu dans un article précédent, si un écrivain se doit choisir l’heure à laquelle écrire, il doit également sélectionner le lieu. Ça peut paraître anodin, mais l’endroit à de l’importance : on ne s’immerge pas, on ne se concentre pas, on n’écrit pas de la même manière chez soit que dans un backdoor d’une sombre boite gay.

Commençons ce tour d’horizon par l’antre de l’auteur, et poursuivons par éloignement.

1/ Chez soi.

L’auteur n’est pas riche. Il possède donc un studio. Ou le loue. Ce qui l’arrange, il faut bien le reconnaitre : lorsqu’il allume son pc, accomplissant un tour d’horizon pour chercher le meilleur endroit, la question est vite pliée. Sur le lit ? Non, il n’est pas fait et aucune position ne serait commode. Dans la cuisine US ? Non, il reste de la vaisselle sale. Sur le canapé ? face à la télé, ça craint. A coté de la fenêtre ? Trop tentant de tourner la tête pour contempler les passants qui passent (aussi appelé syndrome de « diversion »).
Non, la vraie place, l’unique endroit est le bureau / table de cuisine / table de ping pong. Là, vous pourrez étaler vos brouillons, dessiner des croquis, préciser vos feuilles de personnages et, surtout, ne pas être distrait par un quelconque être vivant, quel qu’il soit. Attention : si un être mort frappe à la fenêtre, c’est une invasion de zombies ; là, il faudra réagir !
Ps : je n’ai pas parlé des toilettes car ce n’est pas une pièce où il faut écrire : l’assise est mauvaise et procure des hémorroïdes, c’est souvent mal ventilé et l’humidité pourrait abimer votre outils de travail. Enfin, les batteries de l’ordinateur vous cuiraient les cuisses et les… parties au dessus des cuisses…
« Et si j’ai plusieurs pièces ? » me direz-vous. C’est que vous n’êtes pas chez vous ! Ça ne compte donc pas.

2/ Pas chez soi.

Pas chez soi, c’est partout et nul part en même temps. Passons en revue les différents endroits possibles.

1) Les lieux ouverts :

comme les parcs, les forêts, les parcs d’attraction ne sont pas non plus idéaux. Le syndrome « diversion » sera tel que vous ne comprendrez pas la moindre ligne que vous taperez. Dans la rue peut-être ? Niet ! Trop de passage. Évitez. Il faut un lieu fermé ! Et avec personne dedans ! Même morte !

2) Les lieux semi-ouverts :

comme une cage d’escalier. C’est l’endroit préféré des m’as-tu-vu. Ça peut être intéressant si vous avez un livre à vendre (vous voyez que chui bien écrivain !), mais c’est assez contreproductif : un auteur a besoin de calme, de sérénité. La grand-mère qui sort son chien, le facteur, les jeunes qui s’entassent sont autant de distraction qu’il faut éviter. Vous pouvez toutefois les chasser, les abattre et les planquer dans les caves. Mais cette fois, c’est l’odeur qui vous indisposera. De plus, travailler dans un escalier n’est pas aisé. Pour y arriver, il vous faudrait suivre trois ans de cours de Yoga.

3) Les lieux publics fermés :

Une bibliothèque est un bon exemple : on espère y être au calme, pouvoir bosser tranquille, au milieu d’étudiantes de lettres… Mais ne vous y trompez pas, ce n’est pas un lieu calme ! Bien au contraire ! Les jeunes pouffent, font des photocopies, se bécotent, chuchotent… C’est vrai quoi, ils sont insupportables ces jeunes ! Et le pire, c’est qu’une fois qu’ils ont compris que vous êtes là pour écrire, ils vous épient. Et là, ça devient juste impossible de se concentrer.
Il aussi est possible de travailler dans des lieux de restauration : pub, bistrot, restaurant, cantine, cafet. De manière générale, privilégiez les débits de boisson. Ils ont l’avantage de vous offrir une table durant un temps illimité, et de vous permettre de vous désaltérer. Les lieux où l’on mange sont moins propices : le serveur, ou les prochains clients, sont pressés de vous mettre dehors. La tension nuit à la création. Ne l’oubliez jamais.

4) Les lieux privés fermés :

appelé aussi le joker : « appel à un ami ». Quelqu’un que vous connaissez, et que vous n’avez pas fait fuir à force de relecture ou d’explications brumeuses censées expliquer votre manuscrit, peut vous prêter une pièce. Ça peut être un cave, surtout chez les Belges, des combles, aménagées ou pas, une terrasse, une mezzanine, une véranda, une pièce qui lui sert de débarras. Il vous laissera tranquille le temps de démarrer vote pc, puis il vous parlera de sa copine / femme, de ses enfants / chats, vous proposera des bières, des pizzas, de mater un film, de jouer aux jeux vidéos, en un mot de vous occuper, puisque vous glandez derrière un pc. Et comme vous serez chez lui, vous ne lui crierez pas que « NON, JE NE GLANDE PAS, J’ECRIS, BORDEL DE MERDE ! ». Vous vous laisserez entrainer, et votre manuscrit mourra. Fuyez : un ami est quelqu’un qui vous veut du mal.
Certains diront : LE BUREAU ! Oui, vous écrivez le midi, vous rêvez de devenir un véritable auteur, vous poussez vos cahiers, vos mails, vos dossiers et derrière votre Word, vous voilà prêt à conquérir la planète littéraire. Bon, ok. Mais êtes-vous vraiment serein ? Ne voyez-vous pas secrétaire vous faire les yeux doux, derrière son 95E ; vos collègues ne vous ont-ils pas invité au resto ? Et si vous avez refusé, combien de temps avant qu’ils vous accusent d’être un solitaire, un autiste, un mec bon à virer ? Et vous même, vous mangez pendant que vous tapez au clavier ? Brillante manière de vous concentrer ! Il va être beau le manuscrit avec des morceaux de pizza, des éclaboussures de coca. Si vous écrivez au bureau, ne le faites que durant un temps très limité, pas plus d’une heure, quitte à n’accoucher que d’une page ; ne vous faites pas licencier ; le chômage c’est mal.
Il est aussi possible d’utiliser un squat. Attention toutefois, certains squats sont des lieux fermés privés ouvert à un certain public (comme des sdf, ou des drogués).

En conclusion, un auteur doit bien faire attention à l’endroit où il va écrire, car de cet endroit va dépendre sa concentration et de sa concentration va dépendre la qualité de ce qu’il va écrire (on pourrait presque dire : « dis moi où tu bosse, je te dirai ce que tu écris »). Si vous n’avez qu’un temps limité pour écrire, que vous ne pouvez pas vous permettre de jeter les 3/4 de votre production, privilégiez les endroits propices au recueillement ; depuis quelques temps, j’écris depuis un monastère, et j’ai une patate ! Incroyable !

Et vous, où écrivez-vous ?

2 réflexions sur « Où écrire ou quelle stratégie géographique utiliser ? »

  1. Chez moi (un peu), à la pause de midi à la caf’ du bureau (beaucoup), dans les bistrots (pas mal aussi) ou, endroit que tu as oublié, dans les transports (le train, surtout).

    Dans tous les cas, il est quasiment indispensable de trouver un moyen de s’isoler un minimum. C’est pour cela que Dieu (ou Steve Jobs, c’est un peu pareil) a créé l’iPod.

    1. Je n’ai jamais fait ça dans un train… ni RER… ni Métro… J’y relis beaucoup par contre, sous les regards intrigués des autres voyageurs 🙂

      C’est l’idée : écrire c’est souvent s’isoler.

      Et là, je viens de lire un article de Beigbeder qui explique qu’écrire, c’est être tiraillé entre urgence et patience, et j’ai trouvé ça très juste. J’en ferai un article, dans l’urgence, quand il aura suffisamment muri en moi, par patience 🙂

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