On ne peut pas lutter contre le système – JHeska

Cet été j’ai participé à l’évènement : « Je lis du JHeska ». Comme je l’ai dit, cet auteur est en vie, encore heureux qu’on s’est échangé des mails ; il est jeune, il est beau, il sent le sable chaud etc etc
J’ai donc acheté ces deux premiers romans.

Le premier m’a beaucoup plus. Je me suis dit : « voilà un chié d’auteur qui défouraille ! ». Et j’ai lu le second. En parti. On y reviendra.

Je souhaitais faire une note sur ce livre et, en en discutant un peu avec l’auteur, et en y réfléchissant, je n’ai pas réussi à en faire une qui soit à la fois intelligente et brillante – comme tous les autres articles ici présent. Aussi, je me suis dit que pour une fois, cet article serait écrit à deux claviers (pas forcément à quatre mains donc) ; j’ai invité JHeska !

De quoi ça parle ? Pour une fois, je me suis rencardé chez Amazon :
« Le système financier mondial vient de s’écrouler. Il ne s’en relèvera pas, plongeant toute une civilisation dans le chaos.

Lawrence Newton a accepté sa destinée. Il a renoncé à ses espoirs, à ses convictions, et à l’amour de sa vie pour suivre les traces de son père au sein du consortium HONOLA.
Samson Bimda est le chef d’un village au nord de l’Ouganda. Les semences OGM vendues par la compagnie ruinent ses champs et ne lui permettent plus d’assurer sa subsistance.
Clara, Hakim et Louise sont trois militants au sein du mouvement écologiste GreenForce. Au hasard d’une de leurs actions, ils tombent sur des documents compromettants qui vont modifier radicalement la face du monde.

À la veille du plus grand sommet européen déterminant l’avenir de millions de personnes, chacun doit défendre ses intérêts, quitte à en payer le prix le plus lourd. »

Ok. On change d’univers. On sent l’ambition d’être à la fois divertissant, et de mettre les pieds dans le plat.
Tiens d’ailleurs, c’est si vrai que ça cette volonté d’être divertissant et sérieux ?

 Jh : Pas si vite, mon cher ami ! Laisse-moi tout d’abord le temps de me présenter à tes lecteurs en trouvant une phrase d’accroche qui soit à la fois drôle, intelligente, charismatique, et pertinente !

Bon, on va plutôt faire dans le classique et te remercier de m’avoir invité sur ton blog.

Allez hop, réponse à ta question : une volonté d’être divertissant et sérieux à la fois ? Que nenni ! Mon rôle d’auteur est simplement de divertir. Le contrat passé avec le lecteur est clair : tu achètes mes bouquins, et en échange je te sors de ton quotidien par de l’action, de l’humour, de l’amour, du suspense et plein d’autres choses. C’est tout (c’est déjà pas mal 😉 ).

Ensuite, il est vrai que j’essaie de toujours introduire dans mes romans un second degré de lecture qui puisse amener le lecteur qui le souhaite à s’interroger sur nos sociétés actuelles : l’intégration sociale et les comportements de groupe dans Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir. La gestion de environnementale et financière de notre monde dans On ne peut pas lutter contre le système.

Et je vais même aller plus loin en t’avouant que j’avais envie de gagner mes galons de « vrai écrivain sérieux avec pipe et veste en tweed » à la suite de mon premier roman beaucoup plus léger en abordant des sujets plus polémiques. Mais libre ou non au lecteur d’y être réceptif. Ce n’est pas le moteur de ma démarche, loin de là.

Reprenons le texte – puisqu’il s’agit d’un livre numérique. C’est un thriller…
hey mais le premier c’en était pas ! Pourquoi un thriller ? T’es fan de ce genre ou bien ? (ne me dit pas que tu l’as choisi parce que ça se vend bien, parce que sinon gaffe, Levy aussi ça se vend bien…)

Jh : Si j’avais vraiment travaillé un plan de carrière pour refourguer du bouquin au kilo, j’aurais depuis longtemps écrit ma « comédie romantique guimauve avec un brin d’ésotérisme ». Et puis en plus, le thriller français se vend hyper mal (dixit une grande maison d’édition qui a failli me publier).

Ma démarche est en réalité très simple : faire ce que j’ai envie, prendre du plaisir, et ne pas m’enfermer dans un style. Je ne veux jamais qu’on puisse dire de moi « Boarf, J. Heska c’est toujours la même chose ». Et comme j’avais envie de parler de finance mondiale, d’environnement, de stratégies de haut vol, je me suis dit : et bien faisons un thriller ! Mais demain, j’arpenterai d’autres sentiers.  

Dès les premières lignes, on voit que le style et le type de narration sont différents. Pourquoi as-tu changé de manière si radicale ta façon d’écrire ?

Jh : Copier-coller de la réponse précédente !  Pour ne pas m’enfermer dans un style, pour évoluer, pour me lancer des défis. Si je faisais toujours la même, je m’ennuierais. Ensuite, il y a une logique plus pragmatique : pour l’histoire que je voulais raconter, la narration et le style choisis étaient beaucoup plus pertinents.

J’aurais mis ça sous la forme d’un journal intime comme pour mon premier roman, déjà tu m’aurais traité de fainéant recyclant de vieilles recettes éculées, et ensuite tu m’aurais molesté (voire tabassé) en affirmant que cette structure narrative était toute pourrie car trop limitée pour présenter les points de vue différents des protagonistes.

Cette fois, il y a plus de descriptions, plus de personnages, on sent que les phrases et les paragraphes sont plus travaillés, l’expérience de ton premier livre a-t-elle joué dans cette nouvelle expérience littéraire ?

Jh : Pas plus que le reste (de mes autres expériences) : mon blog, mes nouvelles, mes autres romans (qui ne sont jamais sortis), l’écriture de scénario, etc.

Dans ton premier livre, le lecteur incarnait le personnage principal (narration à la première personne), cette fois nous avons plusieurs personnages, plusieurs points de vue, une narration à la troisième personne, comment jugerais-tu cette manière différente d’écrire ? Plus facile ? Plus difficile ? Les deux mon capitaine ?

Jh : Largement plus difficile ! Pour un roman à la première personne, il suffit « d’incarner » son personnage et d’écrire au fil de l’eau. Le « je » implique une personnification de l’écriture qui rattrape les faiblesses de l’auteur. Un mot mal employé, une répétition, un vocabulaire approximatif, une description trop sommaire, l’utilisation de gros-mots, et c’est le personnage qui porte le chapeau.

Un point de vue omniscient à la troisième personne, c’est différent : l’auteur est directement exposé. Il a donc fallu muscler ma narration, développer mes descriptions sans tomber dans des travers récurrents chez les auteurs (pompeux ou trop longs), étoffer mes personnages, etc.

Elle t’a permis en tout cas de donner du rythme à ton récit. Est-ce important pour toi ce soucis de fluidité ? D’entrainement du lecteur ?

 Jh : Bien plus que ça, c’est le moteur principal de ma démarche (cf le contrat entre le lecteur et l’auteur de ma première réponse, mais si souviens-toi, ça fait pas si longtemps 😉 ) ! Je suis un lecteur exigeant qui s’ennuie assez facilement, et j’ai toujours peur qu’il en soit de même dans mes romans.
Alors je maintiens un rythme élevé part deux moyens : une écriture « cinématographique » (mais je ne succombe pas à cette mode hachée scénaristique qui appauvrit à mon sens trop le récit) et un scénario bourré de rebondissements et de surprises (tout en essayant de conserver une certaine crédibilité).

L’accroche est une franche réussite : elle pose un cadre, qui explose, elle présente les personnages et elle nous immerge de suite dans un univers sombre et dense.

Le récit commence ensuite quelques mois avant, et l’on devine que l’on va assister à tout ce qui a construit ce moment de tension extrême. En tant que lecteur, j’étais à la fois excité – intellectuellement hein – et intrigué.

Par ailleurs le récit n’est pas linéaire : il y a un jeu temporel qui se met place, là aussi pour dynamiser le texte et approfondir les relations entre les personnages.
Un mot à dire sur le sujet ?

Jh : Le  jeu temporel me permet en fait de réaliser beaucoup de choses :

  • Dynamiser le récit : mais ça, j’en ai déjà parlé avant, alors je ne vais pas me mettre à radoter, ce serait indécent !
  • Casser la dynamique trop linéaire d’un récit : pas de longue scène de présentation des personnages, de la situation, ou autre. On happe directement le spectateur dans le récit, on l’immerge dans l’ambiance, et on lui fait découvrir les personnages et « l’historique » au fil de l’eau.
  • Mettre en perspective les choix actuels des personnages avec leurs actions passées.
  • Réserver de nouvelles surprises aux lecteurs au fur et à mesure de l’avancée de l’action.

Tu vois, ça en fait, des choses !

Premier point, la multiplicité des personnages m’a un peu perdu. Je m’attendais à retrouver des personnages touchant, dans lesquels j’aurai pu me retrouver, mais pour le coup, j’ai eu l’impression d’être en dehors d’eux, d’être comme face à un film. Alors, faute à leurs caractères ? A leur nombre ? Je ne sais pas.

Jh : Ça, c’est un aspect qui ressort par les critiques et auquel je ne m’attendais absolument pas ! Certains lecteurs ont en effet eu du mal à s’attacher aux personnages.

Je me suis longuement questionné sur le sujet, et au fil des discussions et des échanges, je n’ai pas réussi à trouver de réponse ! Peut-être que les personnages sont trop nuancés (pas vraiment de gentils, pas vraiment de méchants), que les retournements de situation rendent difficile pour le lecteur de se situer par rapport à eux (ex de Marty), que les lecteurs n’arrivent pas à s’identifier à eux car moins ancrés dans un quotidien (en comparaison à un Jérôme de Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir), ou peut-être sont-ils trop jusqu’au-boutistes (Clara en a énervé plus d’un), trop caricaturaux (les réactions excessives de Safia, qui pourtant est le collage de plusieurs supérieurs hiérarchiques que j’ai rencontré dans ma carrière), ou trop nombreux…

Peut-être un peu de tout cela à la fois. Mystère ! Je verrais avec le recul dans quelques temps.

Comment as-tu conçu ces personnages ? Trouves-tu ce ressenti étrange ? Personnel ? Schizophrénique ?

Jh : Selon la méthode que j’applique toujours, en plusieurs étapes :
1/ Une trame psychologique de base tissée sur moi-même ou sur quelqu’un de mon entourage.
2/ Des petits bouts de caractère plus ou moins dominant piochés à droite à gauche dans mon expérience personnelle (d’autres inventés).
3/ L’animation de ce pantin rapiécé : ajout d’une expérience, d’une trajectoire personnelle,  d’envies, de comportements, d’un physique, de tocs, de blessures. Est-il plutôt thé ou café ? Est-il battant ou résigné ? Qu’achète-t-il au supermarché ? A-t-il manqué d’amour paternel durant son enfance ? A-t-il des douleurs musculaires ? Est-il beau ?
4/ Une phase de maturation dans lequel il vit ses propres aventures (dans mon esprit ou en notant des bouts de scène à droite et à gauche)
5/ Hop, sous les projecteurs dans mon roman.
C’est un exercice schizophrénique à 100% ! Mais cela ne me dérange pas, je suis un peu fou sur les bords 😉 Plus sérieusement, je me vois plus comme un metteur en scène qui dirigerait des personnages présents dans mon esprit.

La multiplicité et le changement de point de vue entre les patrons et les écolos m’a posé problème. Exemple très grossier :
– les ecolos : « est-ce que cette boite est une extension de cette maison mère ? Nous n’en sommes pas sûr »
– chez les patrons, « il faudrait pas qu’il sache que cette boite est notre filiale ; nettoyez moi le merdier ! »
– re les ecolos : « j’ai trouvé un dossier prouvant que oui, cette boite c bien la filiale ! »
C’est un peu le risque avec ce type de construction. Qu’en dis-tu ?

 Jh : Eh oui, c’est le défaut des romans « choral » que l’on souhaite crédible : on doit se mettre à la place de chaque personnage et se poser la question : que sait-il, qu’ignore-t-il ? Alors forcément, les informations sont parfois redondantes pour le lecteur omniscient.

En tant qu’auteur, il y a plusieurs possibilités face à ce conflit : utiliser des grosses ficelles (les personnages apprennent l’information comme ça, ou par l’intervention d’un Deus ex machina), s’en moquer royalement (et jouer sur le fait que parce que le lecteur le sait, il va croire que tous les personnages le savent aussi), ou s’inscrire dans une démarche de crédibilité maximale, même si cela casse un peu le rythme.

Personnellement, j’ai choisi cette troisième option.

Mais je sens que tu vas sauter à pieds joints sur la table en hurlant que cela remet en cause tout mon discours précédent sur la fluidité et le rythme. Que nenni ! Parce que j’ai utilisé d’habiles artifices pour minimiser au maximum ces redondances lors de la création de ma trame narrative et de l’écriture. Mais cela reste un passage obligé, surtout dans les premiers chapitres qui exposent la situation. Par la suite, une fois que toutes les cartes sont plus ou moins connues (du lecteur et des personnages), cela se ressent beaucoup moins.

En fait, cette construction entrainante, associée à ce genre de répétition, m’a posé problème de rythme : il se passe beaucoup de chose, le lecteur est sollicité, emporté, mais ce jeu de va-et-vients a fini par me faire décrocher. Au final, j’avais envie de choisir un camp et de m’y attacher. Je me disais: « vives les écolos ! Ils sont gentils ! Ils sont verts ! Ils ont un personnage principal qui est une femme sexy et je… [censuré] ! Ce sont eux le moteur de l’action ! » et lorsque j’étais avec les patrons je pensais l’inverse : « Finissons-en vite ! Salaud de riches entrepreneurs de mes deux ! »
Qu’en penses-tu ? (tu as parfaitement le droit de me traiter de connard 🙂 En plus ça clashera sur le web, ce qui est parfait pour la publicité :))

 Jh : CONNARD !!! Euh, non, en fait, même pas, parce que ce que tu me dis est un très grand compliment pour moi ! J’estime en tant qu’auteur ne pas avoir à prendre parti, je pose des questions, j’expose une situation et c’est au lecteur de trancher.

Si tu n’as pas réussi à choisir ton camp dans mon roman, c’est que j’ai très bien fait mon travail. Je sais que certains lecteurs apprécient cette autonomie, d’autres préfèrent être plus guidés par le narrateur. Tout est question de convenance personnelle !

Au final, je n’ai pas finis ce livre. (là aussi, tu peux me traiter de connard :))
Beaucoup l’ont lu et l’ont apprécié, je me m’inquiète donc pas, mon avis n’est que le mien, et tes lecteurs en ont souvent pensé du bien.
Il se passe des trucs chouettes après (j’en ai lu 30 %) ?

 Jh : Oh oui, plein ! Surtout quand les extra-terrestres découpeurs de cervelles interviennent et se mettent à combattre les zombis et les vampires 🙂

Plus sérieusement, sans trop en dévoiler, je dirais que tu as raté les quelques surprises et les retournements de situation (dont notamment sur le personnage de Marty) qui pimentent l’action. Mais après, tu fais ce que tu veux, je ne te juge pas, oh ça non, même si tu fais l’erreur de ta vie en ne lisant pas la suite. Mais si tu peux vivre avec, moi ça me très bien, oh ça oui. Je ne juge personne, moi. Oh ça non.

Avec le recul maintenant, ce second roman t’a-t-il satisfait ? T’a-t-il permis de tester ou d’apprendre de nouveaux « trucs » ?

 Jh : Bien sûr que j’en suis satisfait ! Je ne donnerai jamais en pâture mon petit bébé à de méchants critiques si je n’estimais pas qu’il était prêt à affronter le monde.

Chaque nouveau roman est une aventure en soi qui me permet d’évoluer et d’apprendre. Le jour où ce ne sera plus le cas, j’aurais fait le tour de ma « carrière » d’écrivain, et je n’aurais plus qu’à passer à autre chose. Je me mettrai à la peinture sur toile, nu, en me roulant dans des seaux d’excréments.

Je ne dis pas que je ne lirai jamais hein. Mais je t’obligerai à me lire avant ! HA HA !

Jh : Sûrement pas ! Je déteste lire ! Qui peut bien lire un bouquin alors qu’il y a la télé, les ipad, les ordinateurs, les iphone, le cinéma et plein d’autres trucs beaucoup plus rigolos !

J’ai cru comprendre que tu avais un troisième bouquin sur le feu. Est-ce vrai ? Si oui, une date de sortie ? Un pitch ? Un résumé ? Une femme nue ?

Jh : Une photo de mon chat, plutôt ! Tiens :

 

 Je peux t’affirmer qu’elle fera partie de ce troisième opus.

Ce troisième livre sera dans un univers plus fantastique / science-fiction (tu vois que je change de style à chaque fois). Mais pour le moment, rien de plus ne filtrera ! Sortie automne 2013, après la fin du monde.

Pour finir, t’as trouvé ça chiant ? Soit franc hein !

Jh : Mais non, elle était très intéressante, ton interview ! En plus je suis auteur, alors j’aime bien parler de moi, de moi, et encore de moi.

Le mot de la fin ?

Jh : Ne faites pas comme ce méchant homme ! Achetez mes romans et lisez-les en entier !
Pour les avoir (pas cher), c’est sur Amazon ici pour On ne peut pas lutter contre le système :
http://www.amazon.fr/peut-lutter-contre-système-ebook/dp/B007Z46FYE/ 
ou ici  pour Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir :
http://www.amazon.fr/Pourquoi-gentils-feront-avoir-ebook/dp/B008E0ASA0/

Ps : je tenais à remercier particulièrement JHeska qui a joué le jeu de cette interview, et qui a pris le temps pour y répondre avec tout plein d’amour.

J’attends le tome 3 avec impatience 🙂

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