Le triomphe de la cupidité – Joseph Stiglitz

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stiglitz_sJe devais faire un tour à Tours (n’écrivez JAMAIS ça dans un de vos textes !). Un ami m’avait invité à une soirée dans la maison de campagne de ses parents, une de ses vieilles baraques qui sent bon le moisie, le vieux et la terre (et parfois tout en même temps quand on y croise des locaux…). J’avais pris la route, innocent que j’étais, sous une pluie battante, prêt à m’avaler des litres d’alcool avec des jeunes vieux de ma génération, à refaire le monde et à dormir sur le sol, dans l’un de mes sacs de couchages multicolores qui m’ont valu une certaine réputation en Irlande (nous y reviendrons, peut-être un jour, ou pas).
Bref, j’arrive après quelques heures de route et un non-respect pour les limitations de vitesse flagrant.
La fine équipe est déjà là. On se serra la pogne, on se claque la bise (même entre homme… Depuis quand d’ailleurs ?) et les gobelets en plastique se remplissent de liquide concentré sucré.
Je ne fais même pas le tour de la maison de Tours (JAMAIS !). Les maisons de campagnes se ressemblent toutes : froides, humides, poussiéreuses et bonnes à retaper.
Je m’assoie. Je picole.
– Des potes doivent passer, me dit le fils du proprio du lieux.
– Ah.
Vingt minutes et un gramme plus tard, la sonnerie de la porte retentit.
Deux gus. Grands, maigres. Habillés avec de la récup. Un petit air de clodo. Pour se donner le genre poète. Armés de guitare. Ils se trouvent un coin et commencent à boire.
Une nénette, forcément, leur demande :
– Vous êtes chanteurs ?
– Non, on bosse dans le bâtiment, répond l’un des deux (à cet instant, je ne sais plus vraiment qui est qui, et je m’en fous un peu).
– Mon frère déconne, précise l’autre voyant la blonde hésiter. Oui nous sommes chanteurs. Nous sommes le groupe Volo.
– Un groupe, balance un gros bourrin qui aurait pu être moi ; à vous deux ? C’est pas un peu abusé de parler de groupe ?
– On n’a pas encore fusionné.
– Chantez-nous un truc !
Cris hystériques des nénettes à moitié beurrées (à cet instant, je me dis que la soirée prend une tournure intéressante).
Ils attrapent leur guitare et nous chantent un truc sur l’économie. Adam Smith. La loi du marché. L’ambiance tombe. Elle explose carrément lorsqu’un mec sort en pleurant.
– Il est agent immobilier, me précise le fils du proprio.
– Il a du bol, il aurait pu être banquier…
Et nous voilà à parler économie. La crise de 2008. Me reviennent mes années Bac ES, mes cours, ma prof, mes potes. Moment nostalgique.
Les autres enchainent : subprimes. CRS. Ou RDS. Libéralisme, néo-libéralisme, ultra-libéralisme ; je ne broke plus grand-chose. Je poursuis la conversation plus que je la suis.
– Vous avez lu Stiglitz ? demande l’un des chanteurs.
– Non.
Jean-Pierre Foucault passe par la porte, il annonce avec son sourire ultrawhite, ultralawfullgood, que Stiglitz est là ce soir. Jeu de trompette. L’agent immobilier, revenu entre temps, repart en pleurant.
Stiglitz entre avec sa bonhomie. Il s’assoit sur un fauteuil et nous demande de prendre place autour de lui.
– Grand-père Stiglitz, raconte-nous une histoire, dit le fils du proprio.
Et voilà le vieux qui nous refait 2008, avec ses termes, et sa vision partisane.
Je n’y apprends pas grand chose. Pour être honnête, je ne l’écoute pas. Je fais semblant, tout en reluquant ma voisine de droite.
A la fin, lorsqu’il parle de sécurité sociale pour les entreprises plutôt que pour les individus, lorsqu’il parle de socialiser les pertes et de privatiser les bénéfices, je me dis qu’il assure. Puis il se répète, et ça devient chiant. Puis il critique le marché. Je me dis qu’il est pas net. Il annonce qu’il est néo-keynésien. Pas net, effectivement.
Après, il délira sur la régulation. Je suis partie avec ma voisine. Lorsque je me suis réveillé, elle avait eu la politesse de fuir. J’ai fait de même. J’ai quitté la maison, avant que tout le monde se réveille.
Dans ma voiture, je me suis à fredonner l’air de Volo.
Étaient-ils vraiment là ?
Et Stiglitz ?
Plus jamais je n’irai picoler en province…

Ps : j’ai retrouvé la moumoute de JPF sur ma banquette arrière. Depuis, j’ai tout javellisé.
Ps2 : Allez tous vous faire spéculer !

Données techniques :
Faut-il le lire ? Attention : vision partisane inside. Si vous n’avez aucune connaissance économique, mieux vaut vous méfier. Stiglitz, en tant que néo-keynésien, affirme et répète à longueur de pages des critiques qu’on pourrait lui retourner. Même sa critique sur le gouvernement Obama 1 est critiquable (en gros, ils ont mal fait ; forcément, si on n’est pas d’accord avec eux, on va pas applaudir…). Seul compte son analyse / historique sur la crise de 2008 en tant que tel (mais un film racontant tout cela le faisait mieux que lui – son livre est assez indigeste).
En tout cas, il illustre parfaitement combien les économistes sont doués pour expliquer les crises à contrecoup… Mais pas forcément pour les prévenir.

Pour aller un tout petit peu plus loin (j’ai la flemme de chercher) :

Le Triomphe de la cupidité, un navet de Joseph Stiglitz


http://www.alternatives-economiques.fr/le-triomphe-de-la-cupidite_fr_art_913_48458.html

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