Vengeances – Philippe Djian

vengeancesNous sommes dans la salle de tribunal de Créteil. Le procès qui nous occupe est celui opposant la ligue des écrivains à Philippe Djian, un auteur connu et réputé, aujourd’hui inculpé.
– Monsieur Philippe, commence le juge ; né Djian, le 3 juin 1949 à Paris et vous résidez à Biarritz. Est-ce exact ?
– Oui, dit Philippe.
– Monsieur, vous vous présentez devant la cours pour répondre des accusations formulées par la ligue des écrivains, ici représentée par Maître Capello, homme de lettres s’il en est. Maître Capello, pouvez-vous nous rappeler les inculpations ?
– Monsieur Djian est accusé de semi-plagiat, de lubricité, de 18 meurtres et de rupture de narration avant la fin.
– Tout cela ?
Le Juge toise Philippe.
– Vous allez pouvoir répondre point par point. Revenons sur les faits : en 2011 est édité Vengeances, livre qui vous vaut votre présence ici. Est-ce exact ?
– Oui Monsieur le Juge.
– Ce livre, édité par Gallimard, a été relu par Monsieur —-, responsable de la ligne éditoriale dans la susdite maison d’éditions et par Monsieur —-, relecteur de son état. Est-ce exact ?
– Oui.
– De là, contrat d’édition standard, à-valoir de… attendez… ah oui, à-valoir digne du PIB du Congo, impression, distribution, et votre livre s’est retrouvé sur les étales des boutiquiers.
Philippe acquiesce.
– Alors Monsieur Djian, nous reviendrons sur les responsabilités externes de cette affaire, une dizaine d’autres plaintes ont été déposées contre votre éditeur et son équipe. Mais vous, oui, vous, qu’avez-vous à répondre ?
– Je…
– Que plaidez-vous ?
Philippe explose en sanglots dégoulinants. Ce qui énerve un poil le Juge.
– Ne vous répandez plus Monsieur, dit-il. Exposez-nous les faits !
– J’avoue ! Oui Monsieur le Juge, j’avoue ! J’étais conscient en écrivant ce livre qu’il y avait des risques, que je pourrais réveiller la libido des quarantenaires à la dérive, qu’ils finiraient par se jeter sur des midinettes en chaleur, j’y pensais, mais je n’ai pu m’en empêcher… J’aime les midinettes…
– Coupable donc pour la lubricité. Je ne vous félicite pas : à cause de vous, mon beau-frère à plaquer femme et enfants pour une étudiante en psycho. Poursuivons. Maitre Capello, cette histoire de plagiat.
– L’accusé a fait du sous Bret Easton Ellis ! s’écrie l’avocat.
– Alors Monsieur ? reprend le Juge. Qu’avez-vous à répondre ?
– C’est vrai ! Cette fois Djian larmoie comme un enfant prit en faute. C’est vrai que j’ai pompé son côté nihiliste, que j’ai repris ses personnages paumés, à la dérive dans l’alcool et la drogue, des personnages pleins de vide… Mais ce n’est pas du plagiat, c’est un hommage, c’est une déclaration : je l’aime, Monsieur le Juge, j’aime Bret !
– Nous inscrirons cela dans les circonstances atténuantes. Que reste-t-il ? Ah oui, la fin et les meurtres. Commençons par la fin, si j’ose dire. La ligue des écrivains vous reproche une fin sabordée. Quel est le terme technique Maitre Capello ?
– Une fin Kingienne. En référence à Stephen…
– J’avais compris. alors Monsieur ? Cette fin ?
– Je n’en avais pas. J’avoue. J’ai longtemps hésité. Puis je me suis pris une murge. J’ai tout balancé. Comme ça, sur le clavier. Je l’ai, littéralement, vomie.
– Et vous l’avez relue, une fois à jeun ?
– Non Monsieur le Juge. Je l’ai laissé telle qu’elle. J’espérais qu’un relecteur me ferait une remarque, mais c’était oublier ma réputation : personne n’a osé me critiquer.
– Coupable donc. Finissons sur les meurtres. Qu’avez-vous à en dire ?
– Je ne suis pas responsable. Chaque lecteur possède ses propres goûts. Que mon style les aie tués m’étonne. Je sais que je vais loin dans l’introspection, dans le discours intérieur, et que donc, je suis chiant, mais pas au point de tuer quelqu’un. En tout cas, pas intentionnellement.
– Mais vous reconnaissez que votre style est chiant ?
– Oui. Mais c’est le mien depuis le début.
Philippe se tourne vers les jurés. On sent dans leurs regards qu’ils hésitent.
– La cours va délibérer, annonce le Juge.
Les jurés ont-ils été sensibles aux arguments de Philippe Djian, Maitre Capello arrivera-t-il à venger ses familles endeuillées, Stephen King touchera-t-il des royalties pour cette fin bâclée, Bret répondra-t-il à cette déclaration d’amour, vous verrez tout ceci, après une courte page de publicité.

Données techniques :

Faut-il le lire ?
La fin laisse un arrière goût d’inachevé. Le roman se lit en diagonale. Ce n’est peut-être pas le meilleur de cet auteur. A voir. Mais il y a tellement de bons trucs à lire que je vous invite à passer votre chemin.

De quoi ça parle ?
(Avertissement : résumé de compet qui ne donne pas envie mais qui provient de mon partenaire non-officiel)
« Un soir, Marc porte secours à une jeune fille complètement saoule. Elle casse tout chez lui avant de disparaître. Retrouvée par Michel, elle se révèle être la dernière petite amie d’Alexandre, se prénomme Gloria et n’a pas de domicile.
Espérant confusément réparer la mort de son fils, Marc lui propose de l’héberger. Gloria, sauvage, solitaire et démunie, accepte la proposition sans un remerciement ni un sourire. Michel se méfie aussitôt d’elle. Il la suspecte de vouloir se venger de Marc qu’elle estime responsable de la mort d’Alexandre. Mais ce sera Michel, la première « victime » de Gloria. Elle l’aguiche et sème la zizanie dans son couple. Dans une atmosphère de suspicion de plus en plus grande, le peintre, Gloria, l’agent et sa femme partent plusieurs fois en week-end. À la fin de l’automne, peu après l’une de ces excursions, Gloria disparaît. Elle est retrouvée trois jours plus tard dans le coma, violée et battue… »
(notez l’utilisation mystérieuse des trois petits mystérieux censés poser une ambiance… mystérieuse).

 

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