Waiting Period – Hubert Selby Jr

Nous sommes en 2004, dans l’Auvergne profonde. Ici, point d’internet, tout juste le téléphone ; les habitués se retrouvent au bistrot du coin, où s’envoient des lettres rédigées sur des écorces d’arbres. Les nouvelles ne vont pas vite. Et c’est bien là le drame.

Josiane a 25 ans. Elle est issue d’une famille bourgeoise, clermontoise. Elle a eu son bac L, puis après quelques années d’étude à l’université, en Lettres modernes, elle est venue s’installer à Nonette. Elle avait un rêve, ouvrir une libraire. Raymond s’en souvient : « Bin ouais qu’j’m’en souvins, elle v’lait vende des lives ! »

Tout le monde la connaissait et les quelques retraités encore vivants venaient discuter longuement autour d’un café, baigné d’eau de vie locale. Histoire d’éponger leur espérance de vie. Raymond insiste : « J’l’ai conseillé de faire libarie ! Libraire et bar en même temps, vu qu’y’a’qu’les bars qui survivent ici. »

Trouvant l’idée astucieuse, Josiane s’était approchée de la mairie pour entamer des démarches.

« Une jeune femme qui comprenait vite. Pas jolie, mais gentille. Et costaude. Et courageuse. » se souvient Marie, l’employé municipale.

Ce 14 juillet, peu après le bal, Raymond, bourré, enfourche son solex et s’apprête à rentrer chez lui, lorsqu’une masse dans les fourrées attire son attention. Il béquille l’engin et s’approche. Il s’agit de Josiane.

« Je me rappelle qu’elle avait un sac et plein de livres autour d’elle. Et y avait une bouteille d’eau de vie presque vide. »

Jeune offerte au premier passant, coma idyllique, sieste ivrogne, Raymond hésite. Il finit par appeler la Police, cinq mètres plus loin, accoudée au comptoir de la buvette.

« Nous avons tout de suite pris un café salé, tandis que Raymond plaçait la victime en Position Latérale de Sécurité. après quelques vomis, moi co-équipier et moi sommes revenus pour tenter les gestes qui sauvent, mais il était malheureusement trop tard… »

Josianne est morte.

L’enquête démarre dès le surlendemain matin, une fois le village dégrisé.

« Ce qui compte dans ces histoires là, c’est d’aller vite : identifier les inconnus, cerner les occupations de chacun, enregistrer et croiser les témoignages. »

D’inconnu il n’y en avait pas. Quant aux témoignages, ils concordent tous pour féliciter la marche des militaires, la gnole du père Testaud et la buvette de Rémy, ouverte jusqu’au lendemain matin.

L’enquête piétine. Jusqu’à la révélation.

« Le vieux Roger, râlait toujours. On l’appelait le grognon. Et là, depuis le 14 juillet, plus personne ne l’avait vu. »

La Police prit donc le chemin de sa mansarde.

« On l’a retrouvé sur son lit, le visage dans le vide, comme éteint. Il avait à côté de lui ce bouquin, vatin période, un truc anglish. Sur le coup, on s’est demandé ce qu’il avait. alors on le lui a demandé « Vindiou Roger, comment tu vas ? », pas de réponse. Alors on l’a réveillé un peu, à l’auvergnate quoi ».

Deux tartes dans la tronche et Roger passe aux aveux : il s’ennuie dans son Auvergne natale. Il ira jusqu’à dire qu’il s’y est toujours emmerdé. Il s’y était habitué : vivre avec les saisons, le vent, les arbres, l’alcool, et aucun avenir, aucun devenir, ni nul autre verbe finissant en ir, mais voilà que cette Josiane, avec ces livres, sa Libarie, promettait de tout changer. Elle ouvrait la possibilité de s’occuper, de remplir sa vie d’attente. Pire, de lui faire ouvrir les yeux sur tout ce temps perdu à attendre que la vie passe. Il a pris peur. Il l’a forcée à boire de la gnole, jusqu’à ce que son foie éclate.

« Faut dire, comme arme du crime, la gnole, c’est pas banal » nous apprend l’officier.

« En même temps, j’lui ai toujours dit de la couper avec de l’eau. C’trop fort c’t’histoire là. » Insiste Raymond.

Après ses aveux, le procès débuta.

Mais nous nous en foutons, car ce qui nous intéressait était le début de cette histoire pour parler indirectement de Waiting Period, un livre à lire, intéressant, quoi qu’un peu plombé par son style.

Et toi, tu t’ennuis ? Au point d’en mourir ? Ou d’en faire mourir d’autres ?

*

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