Ce qui ne peut se dire – Virginie Lou-Nony

– Nooooooooooooooooooooooo…
Kom Pen, le coréen le plus costaud de sa génération, vient de donner un coup de répétition retournée.
– ooooooooooooooooooooooooo…
Derrière lui, Bernard Werber, son maître des grues, sourit avec sadisme. grâce à ce coup border line, son poulain devient le champion du monde.
– ooooooooooooooooooooooooo !
Et mon frère s’effondre, victime d’une rupture d’anévrisme.
– Et le grand gagnant du championnat du monde d’écriture catégorie poids lourd est Kom Pen ! L’écarteur d’ange du troisième type !
Werber se lève et applaudit.
Je saute sur le tatami et prend mon frère dans mes bras.
– Kevin-robert ! (prénom de mon frère, m’enfin on choisit pas ses parents et encore moins le prénom dont ils nous affublent)
– gbl grh gnééuuuuh ! (on parle moins bien avec une hémorragie cérébrale)
– Ne meurs poaaaaaas !
– Si, car j’ai une hémorragie cérébrale, gné gré gbhlllleuuuuuh !
– Nooooooooooooooooooooooooon !
– Arkh ! (dernier souffle significatif d’un mourant mourant)
– Nooooooooooooooooooooooooon !
Kom Pen éclate d’un rire sadique, soulevant la ceinture de la victoire haut au dessus de sa tête crêtée.
– Kom Pen, j’aurai ta peau ! Son of bitch !
– Dé bé t’éclaté ta bace dé bikings gay !
Vaincu par cette vanne ultime, je m’effondre inconscient le long de mon frère mort.

*

– Jane-marc-antoine (elle aussi a pas eu de bol)…
La blonde sculpturale me dévisage.
– Je vais apprendre à me battre, je vais défoncer sa salle tronche à Kom !
– C’est pas français ianian.
– Je sais. Il va me falloir un maître d’arme, un sean connery comme dans highlander, un Stallone comme dans the contender, un chapi, comme pour chapo.
– Je… comprends…
– Jane-marc-antoine, embrasse moi une dernière fois avec la langue, une fois sorti de ce lit d’hôpital, nous ne nous reverrons plus. Pas avant que je sois un sayan niveau 3.
– N’atteins surtout pas le 4 ianian, avec ta calvitie…
– J’aurai l’air d’un con.

*

Brest, la terre des combattants. Ici, être un Viking gay est une normalité. Les hommes sont grands, gros, barbus, roux, ils boivent de la bière et écrivent avec une sensibilité certaine.
Au milieu de ces costauds tendres, dans un bar à bière, se trouve le maitre que je cherche. Virginie Lou-Nony. Un brin de femme, retiré des combats depuis vingt ans. Elle a formé les plus grands, jusqu’à ce que Werber apparaissent et lui pique la vedette.
Je l’interpelle :
– Virginie (personne avec enfin un prénom normal dans cette histoire), soit mon sensei !
– Non jeune écrivain breton. je n’entraine plus.
– Je ne suis pas breton, je suis normand, allemand et belge.
– Tu serais donc… l’élu ?
– Je suis… Oui ! Je suis le maître des clefs !
– Alors banco ! Allons poutrer du Pen !

*

– Fais le vide en toi. Apprend du silence. Et peint ce portail en bois.
– Quel est le rapport ? demandé-je.
– Ta gueule, entraine toi  et tu verras.
– Ok.

Huit mois d’entrainement intense. Ecrire sous la pluie, dans une prison bretonne (souvenir perdu suite au traumatisme), avec des enfants, des agriculteurs, en labourant des champs, peignant des portaux (pluriel de portail), retapant des mansardes et picolant tout ce qui possédait un pourcentage d’alcool, même si c’était mort depuis des siècles, et me voici, l’année suivante, au championnat.
Comme prévu, Kom Pen arrive en final. Après tout, tout concourt à notre affrontement dans cette mauvaise fiction digne d’AB1.
Et moi aussi. Facilement d’ailleurs, ce qui me permet de ne montrer aucune botte secrète.
Puis vient notre combat.
Je passe le slip de mon frère, que je n’ai pas lavé pour que ce jour soit sien, et je monte sur le ring, clavier en main.
L’arbitre hurle deux trois trucs pour envenimer la foule, l’écran géant fait apparaitre nos deux pages word… Le combat va pouvoir commencer.

Ding Ding !

Et nos doigts s’élancent sur le clavier.

Tu aimerais la suite ? Ouais moi aussi, mais j’ai la flemme. Et je dois bosser pour nourrir ma famille (car autant les Qataris filent des milliards aux joueurs de foot, autant ils n’ont rien filé à aucun écrivain :/). Je te laisse donc imaginer les rebondissements, le doute qui m’assaille, la difficulté, jusqu’au climax, où tu entreverras ma défaite, sans y croire, car, n’ignorant rien de ce type de scénario, tu sais qu’après m’être fait tataner sévère, je remporterai la victoire de peu, la dédicaçant à mon frère, lançant son slip haut, en bullet time, l’image s’arrêtant sur ce tissus usé, virevoltant.

« Ce qui ne peut se dire » donc.

Il y a beaucoup d’intelligence, d’intention, de sensibilité et de sagesse dans ce livre. Tout auteur y apprendra beaucoup sur l’écriture et sur sa manière de « bosser ». On en ressort avec de nouvelles questions, et un oeil un peu différent sur son propre travail, et sur sa vision des choses, et tout cela fait avancer.
Auteur, lisez-le !
Lecteur, ne le lisez surtout pas !!!! Vous pourriez vous mettre à écrire !

*

Je teste une nouvelle option, je vais en parler plus tard. Si vous souhaitez acquérir ce livre vous pouvez l’obtenir ici (lien qui sponsorise ce blog) :
Ce qui ne peut se dire : L’atelier d’écriture à l’épreuve du silence
– ou à la fnac (non affilié)
– ou encore chez votre libraire préféré.

 

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