Vertige – Franck Thilliez

Mes premiers pas en tant que scénariste, ENFIN !

Ça faisait un moment que des copains me disaient : « tourne tes chroniques bordel ! » (et non tourne dans un bordel, non mais !), ouais, mes potes parlent franchement mal. C’est l’une des raisons qui me fait ne plus les voir : je veux devenir un artiste respectable, et on ne respecte pas souvent les chartiers…

Bref, j’ai écrit le bouzin, pi j’ai contacté un ou deux mecs de l’équipe de Descraques, qui ont refusé, alors je me suis rabattu sur ma grand mère aveugle, et ma soeur… camionneuse.

Vint ensuite le casting. Petite annonce sur le ouaib, quelques mails échangés, et voilàtipa que Gérard, notre Gégé ventripotent national, se présente. Habillé – ouf !, sans accent russe – ouf !, mais affamé – damned !
Il relit le scénar avec une mine pour le moins dubitative.
– J’en ai joué des merdes, mais ce truc… c’est franchement pas terrible.
– C’est quand même meilleur que Beowulf.
– Lequel ? demande-t-il.
– Vous savez très bien lequel.
– Mais Christophe est sympa…
– Voilà, sympa. Et c’est tout. Et n’ajoutez rien ou je relance d’un Vercingétorix.
Gégé accuse le coup. Oui, Chrichri est sympa, mais il a joué dans des bouses bien immondes, bien pires que ce petit scénar.
– Et le concept alors, reprends Gégé, redis le moi parce que je le pige pas vraiment.
– Il s’agit de mettre en scène des bouquins pour les critiquer sans les critiquer. Pour leur rendre hommage en quelque sorte.
– Ok, mais pourquoi celui-ci ?
– Parce que le stagiaire le lisait. On débute. On prend ce que le destin nous file.
– Et moi ?
– Toi, tu finis. On prend ce que le destin… etc.
– Oui, oui.
– Non puis commencé avec un monstre sacré, c’est toujours classe. Même si vous… enfin tu… enfin la classe quoi…
– Bon allez, ferme ta boite à camembert qu’on attaque un peu. Et j’espère que t’as du rouge qui tache pour la pause !
– Je… Gégé ?
– Ouais ?
– Surtout, joue mal. C’est pour le second degré…
– J’ai l’habitude, t’inquiète fiston.

Scène 1

Plan large. Gégé est nu dans un tente. Deux autres hommes sont allongés là (Gus et Frout). Au fond de la tente, un sac de sport.
- Fait froid ! dit Gégé.
- C'est la Bretagne, dit Gus.
- Nous sommes enfermé dans ce camping depuis maintenant 3 jours ! dit Frout. Bientôt, nous n'auront plus rien à manger.
Gégé tient une peluche de chien (marque et modèle à définir).
- Nous ne mangerons pas Pupuce ! 
- Il est pourtant grassouillet... dit Gus.
Plan serré.
Frout jette un regard affamé à l'animal.
Gégé le serre de plus belle dans ses bras.

Scène 2

Plan serré, les personnages sont toujours dans la tente.
- Le psychopathe qui nous a enfermé dans ce camping a bien une raison. Qu'a-t-il laissé sur son mot ? dit Gégé.
- Tueur, menteur, dis-leur-au-dealer, dit Gus.
- C'est une interrogation, dit Frout.
- Comment ça ? dit Gégé.
- Qui de nous est le tueur, le menteur et le dis-leur-au-dealer ?
Frout baisse le regard.
La lampe électrique vacille.

Scène 3 

Plan serré sur Gégé.
- Je tente une sortie.
Plan large... très large...
Gégé se lève et tire la fermeture éclair. Dehors, la campagne bretonne dévastée par les intempéries.
- Je vais chercher du secours, dit Gégé.
- Non ! dit Frout. Attend ! C'est un boum-j-t-attrape ! Je suis le menteur... J'ai participé à notre enlèvement, c'est un psychopathe qui nous a enfermé là. Pour se venger.
- Mais de quoi ? dit Gégé.
- De moi, dit Gus, j'ai revendu de la drogue frelaté à sa femme quand j'étais un jeune beurre de la banlieue qui dealait. J'étais le dis-leur-au-dealer.
- Tu ne l'es plus ?
- Je suis maintenant scandinave, une transformation à la Jena Michel Jaqueson. Et j'ai arrêté la vente de drogue depuis la fin de Breaking Bad.
- Mais alors, je serai le tueur ?dit Gégé.
- Oui rappelle toi, reprend Gus, cette femme qui se droguait, c'était la sienne avant que tu la lui piques.
- Hein ?
- Tu lui as piqué, elle s'est sentie traitresse, elle a sombre dans la drogue avant de se suicider. Tu l'as tuer !
Plan serré sur les yeux de Gégé qui capte ce qu'on lui a expliqué.
Plan serré sur sa bouche.
- C'est pas possible.
Plan serré sur son visage - expression de douleur.
- C'est pas possible !
Plan large. Les bras au dessus de la tête, Gégé hurle :
- Noooooooooooon !

Scène 4

Plan large dans la tente.
Gus et Frout sont morts.
Gégé mange Pupuce.
Il répète sans cesse "Je l'ai tuer, je l'ai tuer, je l'ai tuer, je l'ai tuer..."

Fin script.

– Alors Gégé ?
– Sacrément pourri. Digne de Welcome to New York.
– Non mais c’est un premier test…
– Bin mon con, t’es pas Godard.
– Philippe ? Des grosses têtes ?
– non, Jean-luc… Qu’importe, sinon, ce rouge qui tache ? Il est où ?
– Mamie, tu va le chercher !
– Mais je sais pas où il est, et comme je suis aveugle…
– Tain les excuses de vieux…

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