Station 1. Pantalon en toile, bleu. Une espèce de veste jaunâtre. Usée. Il s’assoit. Ses cheveux décolorés tournent autour de lui. Se tendent. Comme pour attraper quelque chose qu’on ne voit pas. Oreillette. Coup tordu. Penché en direction de sa fenêtre vers un autre univers. À l’intérieur, des images animées. Des personnages. Armure, robe, chapeau. Un monde fantasy. Aspiré par la narration, il ne voit pas les stations s’enchaîner.
Station 5. Des corps les uns contre les autres. Difficile de monter. De se glisser. De rejoindre les places assises. Regard qui cherche où se poser. Tous les sièges sont pris. Tant pis. Elle, jean, veste épaisse, lunettes larges, soupire. Des oreillettes également. Plus grosses. Noires. Mais sans fil. Elle baisse les yeux vers sa fenêtre multiverselle. Images animées. Mêmes personnages. Mêmes situations. Même plongée dans cet autre imaginaire.
Un mètre cinquante séparent ces deux êtres. Trois pas. Ils ne se connaissent pas. Ne se coriseront pas. Ils s’ignorent et pourtant, en cet instant, ils sont aux mêmes endroits. Physiquement et pyschiquement. Ils sont comme synchronisés. Et pourtant, totalement séparé.
Station 8. Le train arrive en gare. Je dois descendre. Je les abandonne. Fini de jouer le témoin de cet instant, de cette connexion, invisible mais réelle.
C’est tout. J’ai trouvé ce moment marrant. Je voulais juste le raconter.
Lilian, le 13/04/26
