Grand patron, fils d’ouvrier – Jules Naudet

Rappel, j’ai découvert le projet Raconterlavie avec mon papi castor. Cette découverte excita mes papilles d’ex universitaire/citoyen/auteur (rayer les mentions inutiles). Je passai donc un certain temps à le soutenir virtuellement (ouais, je ne suis pas Jean François C, je ne peux pas leur filer des millions pour poursuivre leur oeuvres, même si je les aime bien), et je lus plusieurs témoignages sur le site, touchants, incarnant une certaine tranche de réalité, s’agrégeant tous pour donner… pour donner quoi d’ailleurs ?

Première hypothèse, ce projet est un complot d’historiens contemporénéistes qui cherchent à accumuler de nouvelles archives, fautes d’avoir de matière nécessaire. Ils auraient pris les armes pour affronter les sociologues et s’en distinguer une bonne foi pour toute.
Crédible. Mais pas satisfaisant.

Seconde hypothèse, la révolution des anonymes. Pierre R a lu mon premier roman et s’est écrié « bon sang, mais c’est bien sûr ! Ce jeune freluquet a tout pigé ! » De là il a monté son projet pour redonner corps à la nation, et lui proposer dans un second temps mon site républicain.
Bien vu. Mais peu vraisemblable.

Troisième et ultime hypothèse, V. Les envahisseurs ont monté ce projet pour jauger la populace et en extraire les éléments qu’ils pourront utiliser pour nous coloniser. Ils pourront même, au regard des témoignages, et en cette période de commémoration, mesurer la propension à la résistance de certains sujets, et les occire le plus rapidement possible.
Hautement satisfaisant.
Vraiment vraisemblable.

Ok, ceci étant dit, je me suis jeté sur la dernière fournée imprimée/éditée avec « Fils d’ouvrier, grand patron » (oups, l’inverse en fait) de Jules Naudet.

Un sociologue !
Il n’est donc pas question de guerre. A moins que… non, il n’y a jamais eu de collabo français, tout le monde le sait.

Alors quoi, que raconte ce témoignage ? Allonz-y gaiement.

« Fils d’ouvrier, Franck dirige la filiale française d’un des principaux groupes pétroliers internationaux. Grâce à son talent et à une forme de hasard heureux, il a échappé aux déterminismes de son milieu : il est devenu un très grand patron. Dans cette ascension sociale fulgurante, il est resté étranger à la honte des origines. Franck n’a pas non plus adopté les codes du monde auquel il appartient désormais. Son itinéraire offre un autre modèle : celui de la survalorisation des origines populaires comme arme de pouvoir. Charismatique et meneur d’hommes, il peut aussi être un patron d’une extrême dureté.

Franck a laissé le sociologue pénétrer dans son univers de travail et son intimité, mais n’a pas souhaité que son nom soit imprimé. »

Woooo, ah oui, quand même.
Donc j’ai lu et… résumons vite fait.

Pauvre pauvres.
Franck a eu une enfance difficile, une enfance qui lui a servi de terreau, qui lui a permis de développer un caractère de winer (winner ?), et qui lui a offert une authenticité qu’il usera plus tard (suspens !).

Vive l’école de la République.
Ce mec réussit grâce à deux choses (trois en fait) : l’école, son caractère. Y a aussi quelques rencontres, des professeurs qui le poussent, un copain de classe, et au final, il va bosser et passer des diplômes improbables. Ces diplômes, premières pierres à sa carrière.

Le règne de la Méritocratie.
Une fois les diplômes en poche, il part bosser et son ardeur au travail lui fait gravir des échelons. On le remarque, on le promotionne.

Au final que reste-t-il ?
Bin ce petit bonhomme, en traversant les couches sociales, est devenu ultra libéral (pour aller vite) sans perdre la conscience de ses origines. Il est intégré à la bourgeoisie, il fait presque partie des grands patrons français, il râle un peu lorsqu’il paye ses impôts et voilà. Bon ok. Une trajectoire intéressante. Rare, mais intéressante.
Mais.
Ouais, y a un « mais ».
Ce témoignage n’en est pas vraiment un : c’est Jules, que Franck a utilisé comme un scribe, qui nous raconte sa vie. Du coup, peut-on vraiment parler de témoignage ? Car ce témoignage n’est pas tant présenté pour ce qu’il est que comme un éclairage sur la mobilité sociale. Du coup, ça laisse l’impression d’être presque à la marge du projet. Après tout, pourquoi n’est ce pas Franck qui parle de Franck (parce qu’il a pas le temps hey couillon, il doit mener a bien un nouveau plan de licenciement ! ok, ok). Qu’aurait-il dit de lui ? Aurait-il mis cette question au centre de sa vie ? Pas sûr.

Après je dis pas, Juju raconte cette trajectoire avec sincérité, il ne se fait pas passer pour Franck, mieux, il nous révèle ses silences, quelques fois ses non-dits sur une question, moments intéressants, révélateurs, presque des confidences, et du coup, la relation entre le témoignage et sa retranscription est saine.

Au final, une belle nouvelle tranche de vie, originale, mais peut-être moins touchante.

Ah oui, avant de te quitter, lecteur fou furieux, y a des goodies sur le oueb, jette un oeil à la page dédiée au projet, tu kifferas 🙂

http://raconterlavie.fr/collection/grand-patron-fils-d-ouvrier/

Vous pouvez l’obtenir ici (Amazon) en version papier (affilié)
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