Homo economicus , Prophète (égaré) des temps nouveaux – Daniel Cohen

homoeconomicusOuch, le titre le plus long jamais utilisé sur ce blog…
Ça tient ? On verra.
Donc, Homo economicus… Je voulais en dire un truc intelligent, et puis non.

Les fidèles sont à genoux devant l’hotel (non non, y a pas de faute). Sur les marches pour être précis. Ils baissent leurs têtes, attendant la bénédiction. D’un coup, les portes s’ouvrent, et ils apparaissent, les Trois, trois hommes, vêtus du costume cérémoniel, des costumes trois pièces griffés par un couturier italien. Ils ouvrent et lèvent leurs bras en direction des fidèles, qui s’abaissent un peu plus. Leur servilité les fait sourire.
– Vous êtes sûr que c’est le grand jour Père Jean Pierre Cohen ? chuchote l’homme de droite à celui du centre.
– Certain, répond le p’tit fillot du prophète.
Le Père Cohen prend une profonde inspiration, et se lance :
– Fidèles Economistes, depuis le Livre de mon grand père, nous n’avons eu de cesse de construire un monde nouveau.
Les fidèles relèvent la tête.
– Nous avons tout d’abord détruit les anciennes idoles. La main invisible, ce Dieu vengeur.
Acclamation timide.
– Puis ce marché, avec son offre et sa demande. Et ces prédictions a postériori que faisaient les économistes des temps anciens, les partages entre le capital financier et le capital travail, et les contraintes budgétaires, le consumérisme, la collectionite, le besoin du toujours + et la course à la thune.
Acclamation un peu moins timide.
– Puis nous avons traqué les prêtres de ce faux Dieu qu’on appelait capitalisme.
Acclamation un peu franche (beaucoup d’entre eux ont vu leurs parents traqués les anciens économistes comme au bon vieux temps du Maccarthysme, et ils en ont gardé une impression de purification, comme si leurs parents avaient purgé la Terre de serviteurs du malin).
– Nous avons construit un monde meilleur, un monde autour de l’homme, un monde qui prend en considération le bien être, l’accomplissement, la relation aux autres, l’entraide.
Acclamation franchement franche (ouais je sais).
– Cette nouvelle ère entamée grâce au livre de mon papi va désormais devenir une ère neuve, pleine de promesse. C’est pourquoi nous allons prendre l’année de la mort de mon grand père comme année 0. L’année de l’ère d’après Cohen. L’ère DC !
Hésitation.
– Ça fait un peu DC… les super héros tout ça… commence un fidèle.
– Brûler moi ce con, ordonne JP Cohen. L’ère de DC est la promesse d’un homme nouveau, d’un bonheur nouveau.
– Ouais ! s’écrient tous les fidèles.
– Bon, commençons par poser notre nouvelle philosophie : le bonheur se mesure en unité de bonheur, 0 représentant le plus cruel manque de bonheur, à la limite de l’inhumain, comme disons, Rémy sans famille dans le dessin animé, et 10, le bonheur les plus parfait, comme quand Shun se fait ratatiner la tronche.
– Ouais ! s’écrient-ils tous en coeur, même si, dans ce futur, plus personne ne connait les références dont JP Cohen parle, ce qui le rend mystérieux, sage, incompréhensible, donc terriblement crédible.
– Chacun, à sa naissance, dispose d’un point. Parce que faut pas déconner : naître, c’est un bonheur. Puis tout au long de la vie, chacun gagnera ou perdra des points suivant ce qui lui arrivera.
– Nous n’aurons as tous le même nombre de points grand prêtre ?
– Non, car chaque vie est unique. Chacun vous disposerez d’une capacité au bonheur égale, mais c’est tout.
– Et comment on pourra en gagner alors ?
– Soit en vous occupant des vôtres, de vos proches, de vos voisins, soit en nous faisant des cadeaux…
– Pardon ? ajoute un des fidèles un peu intrigué.
– Écartelez moi ce douteux qui doute. Je disais, en faisant des offrandes à DC. Un point de bonheur offert pour chaque kilos de bien offert, cinq point pour un hectare de terre etc La table de conversion n’est pas encore figée, mais on y bosse.
Cette fois, plus personne ne dit rien.
– Une ère nouvelle, croyez moi. Nous n’allons plus jamais parler d’argent !
Acclamation franche.
– Allez, cassez-vous, nous devons consulter les augures.

Les trois hommes s’en retournent dans leur hotel.
– Ça c’est bien passé, constate JP.
– Vous pensez qu’ils vont avaler cette histoire de bonheur ? demande le sbire de droite.
– Mais oui, reprend JP. Le bonheur va vite devenir notre nouvelle monnaie et nous serons riches.
– Et c’est vraiment nécessaire pour les rendre heureux ? demande le sbire de gauche.
– Vraiment. T’as pas vu Matrix ? L’Homme ne s’épanouit que dans le mécontentement et l’adversité. Filez leur le paradis et ils  en feront un enfer.

PS : faut-il le lire ?
Un peu. Ce livre clame d’un côté que l’économie telle qu’on la concevait jusqu’à lors est morte, mais qu’une autre doit naître. Ce qui m’a fait peur dedans, c’est la manière dont Cohen fait digérer par l’économie les autres disciplines et études qu’il a sous la main, construisant, AMHA, petit à petit, une vision presque religieuse (bon pi le terme de « Prophète » en couv s’y prête vachement aussi).

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