La servante écarlate – Margaret Atwood, du poche à l’écran

La servante écarlate fait partie des dystopies qu’il faut absolument avoir lu avant de mourir, d’après les internets. On compare cette oeuvre au Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (qui n’est pas un personnage d’Harry Potter comme son nom pourrait le laisser penser) et à Fahrenheit 451 de Bradbury… de Bradbury, voire 1984 de George Orwell (et on pourrait rajouter Ravage de Barjavel, parce qu’il est sympa). 

Résumé de Babelio :
« Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. »

Édité en 1985, traduit en 87 dans la langue de Maître Gims, La servante écarlate a été écrit après avoir longuement muri dans l’esprit de son auteur. Le roman met en scène uniquement des éléments qui se sont produits dans l’Histoire. Margaret cherche par cette approche de réécriture historique, à créer chez le lecteur un sentiment de « déjà vu », qui rend son oeuvre effrayante, parce que potentiellement « probable ». Comment je le sais ? Elle le dit dans la postface. 

Et bien, à la lecture, je dois reconnaitre que ça fonctionne. C’est effroyable. Mais on y reviendra. 

La lecture.
L’une des forces de ce roman est de mettre en scène quelqu’un qui a perdu. Qui s’est résignée à jouer son rôle. Le personnage principal est passé à la moulinette, avec toutes les techniques de manipulation mentale que l’on peut imaginer, pour être formatée. Du coup, brisée, soumise, elle est devenue une servante écarlate. Avec habitude, avec l’étiquette qui va bien, avec inquiétude/paranoïa – c’est quand même un état totalitaire. 

Physiquement, tout l’enferme : son statut, sa robe, la famille dans laquelle elle se trouve, la maison, la rue, les autres servante écarlate, les militaires et les yeux (la police secrète). Aucune échappatoire. On comprend pourquoi elle a fini par se résigner. D’ailleurs, on a de la peine pour Defred, de la voir évoluer dans cet univers, puis, en dégommant, on comprend que le système en place a enfermé chaque individu dans un rôle bien spécifique, ce qui lui permet évidemment de les contrôler tous. Tous les individus ? Non, les femmes surtout. Des prostituées, à bonnes, à « ventres », à épouses. Mais revenons en à Defred.

Seules ses pensées demeurent libres. D’ailleurs, on les entend davantage que sa propre voix. Elle commente, râle, s’affirme, réfléchit, lâche prise, souffre, s’interroge. Elles représentent son être, son individualité et ce qu’il reste de son ancienne existence. Cette voix intérieure permet de prendre du recul avec ce nouveau monde. Et ça donne froid dans le dos. 

Pour renforcer cette opposition ancien/nouveau monde, des flashbacks viennent parsemer le récit. Ils mettent en opposition le personnage principal d’avant, qu’on pourrait qualifier de normal, et la nouvelle Defred, qu’on pourrait qualifier de… vaincue… Transformée ? Aliénée ?

Le résultat de cette force est peut-être le principal défaut de ce roman : on suit l’héroïne, mais elle n’en est pas une. Elle ne va pas traverser différentes péripéties, elle ne va pas s’enfuir, fomenter un complot ni provoquer une révolution. Pourquoi ? Parce que dans la vraie vie, seul tout, ce n’est pas possible. Au moindre mot de travers on finit avec une balle dans la tête et le blockbuster se termine au bout de huit minutes.

Malgré tout, la lecture reste hypnotique. On s’interroge, on souffre, on espère avec Defred, on rêve d’être dans un blockbuster justement, et on s’effondre en comprenant que non.

La visionnage.
En 2017, nous avons eu droit à une adaptation en série télé par Hulu (quelqu’un connait cette chaine ? Seriously ?). J’ai lu le livre et regardé les épisodes en parallèle. Ma première curiosité était de voir comment cette adaptation avait pu incarner à l’écran un univers oppressant. Par deux techniques, principalement. La première consiste à aplatir les couleurs. Tout est fade, terne. La théocratie, par les nombreux renoncements qu’elle impose, détruit les sentiments, la joie, d’où cet effacement. Et c’est très malin. C’est d’ailleurs renforcé par les flashbacks qui eux sont chatoyants. Ancien monde « fête à donf », « nouveau monde tristitude », la couleur donne le ton.

La seconde technique vient de la profondeur de champ. Pour nous enfermer, pour nous faire pénétrer l’esprit de Defred, le réalisateur effectue des gros plans qui floutent très rapidement. Par exemple l’appoint va être fait sur l’oeil de l’actrice, et ses oreilles seront floues. Par cet effet, nous ressentons l’angoisse du personnage principal et son enfermement.

Enfin, Showrunner oblige, la série pose des éléments qui ne sont pas dans le livre, et qui sont pertinents : comment la république de Gilead a réussi à prendre le pouvoir, d’où viennent les autres personnages, que sont-ils devenus, quitte à tordre l’oeuvre originelle (je pense notamment à son copain et à Moïra). Et c’était nécessaire ! Car la saison 1 se termine là où s’interrompt le roman. Du coup, la suite, c’est un peu de la roue libre.

Je ne l’ai pas vu. Mais vu le matériau de base, je redoute une surenchère de violence, à l’introduction de rebondissements et à l’affirmation du personnage principal en tant qu’élément perturbateur de cet univers. Ce qui ne semblait pas être la vision première du projet littéraire.

Au final.
Quoi qu’il en soit, le roman est effrayant, la première saison de la série est un hommage intelligent et très réussi, ne vous en privez pas.

Allez, tchuB !

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