Tokyo Vice – Jake Adelstein – Candide chez les Yakuzas

Jake Adelstein n’est pas un mec bien. C’est un égocentrique, un opportuniste, un menteur, parfois un profiteur, parfois un inconscient, parce que pour lui, tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins. Par ailleurs, c’est un homme qui aime bien raconter sa vie, se raconter, se mettre en scène, et montrer qu’il a de la chance, de l’abnégation et du talent…

Et du talent, il faut bien reconnaitre qu’il en a.

Ce qui le rend, en plus, agaçant.

Premier point, Jake existe : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jake_Adelstein

Second point, son livre existe également : 

4e de couverture : 

« Quand Jake Adelstein intègre en 1993 le service Police-Justice du plus grand quotidien japonais, le Yomiuri Shinbun, il n’a que 24 ans et il est loin de maîtriser les codes de ce pays bien différent de son Missouri natal. À Tokyo, il couvre en étroite collaboration avec la police les affaires liées à la prostitution et au crime organisé. Pour cela, il n’hésite pas à s’enfoncer dans les quartiers rouges de la capitale, dans les entrailles du vice et de la décadence. Approché par les yakuzas, il devient leur interlocuteur favori tout en restant un informateur précieux pour la police. Une position dangereuse, inédite et ambivalente, aux frontières du crime, qui incite Jake Adelstein à entrer dans un jeu dont il ne maîtrise pas les règles.

A mi-chemin entre le polar mafieux et l’enquête journalistique, Tokyo Vice est aussi le roman initiatique d’un jeune journaliste américain à Tokyo qui nous livre, avec beaucoup d’humour, un témoignage nerveux sur l’envers de la société nippone. »

« Roman biographique ». Jake nous raconte sa vie. Romancée, j’imagine, mais sa vie. Résultat, la structure est un peu faible : pas de lignes directrices, pas d’enquêtes au long cour, juste des histoires qui se succèdent, sur lesquelles il va tenter d’écrire, en copinant avec les flics, avec les Yakuzas, avec les victimes ou les proches des victimes, avec d’autres journalistes, etc. Cette succession est mue par le hasard des affaires. Il y a certes un effet de noirceur qui s’en dégage, dans le sens où l’on va de plus en plus profond dans les entrailles du commerce d’êtres humains. 

Mais, ce ne sont pas les affaires qui sont au coeur du roman. C’est lui. Le gaijin. Sa manière d’entrer dans cet univers, d’y récupérer des infos, de pondre de bons articles et de prouver qu’il est un journaliste comme un autre, tout aussi méritant, malgré le fait qu’il soit un gaijin.

On retrouve ainsi trois temps distincts dans ce roman : 

– en premier lieu, son talent qui lui permet de décrocher son diplôme et son job dans un journal prestigieux,
– en deuxième, sa capacité à se créer un réseau,
– en troisième, les affaires qui l’ont menées à bosser sur le trafic d’êtres humains.

Cela aurait pu être imbuvable, si Jake n’avait pas eu du talent. Car du talent, il en a.

« Roman initiatique ». Voilà pourquoi je parle de Candide dans le titre. Car au fond, c’est bien à cela qu’on assiste : la rencontre d’un journaliste avec un univers particulier : le Japon, le Japon des journalistes et de la police et enfin, le Japon des Yakuzas et des bas fonds. 

Lorsqu’on reprend les grandes parties de sa vie, qui détourent les grandes parties du roman, on retrouve à chaque étape des explications pédagogiques, efficaces, qui livrent les règles de chaque univers : 

– comment travailler dans un grand journal japonais lorsqu’on est un gaijin,
– comment se créer un réseau pour obtenir des informations, qu’est-ce qu’être journaliste, quelles relations avec la police,
– comment enquêter sur les Yakuzas, quelles sont les règles qui s’appliquent, jusqu’où aller.

Tout cela se fait petit à petit, plus ou moins en douceur, insidieusement, jusqu’au moment où, pris entre ses articles et ses contacts, Adelstein se retrouve embourbé dans l’univers des Yakuzas. Il ne peut plus reculer. Et d’ailleurs, il ne le souhaite pas : ce qu’il espère par dessus tout, malgré les dangers auxquels il s’expose, malgré les rencontres avec de sales types, c’est écrire un bon papier, pondre un bon article, qu’importe les conséquences.

Le point fort du roman se trouve ici : car plus Jake s’enlise dans le Japon glauque, dans le Japon des bas fonds, plus il nous explique comment cela fonctionne, quelles en sont les règles, au fur et à mesure que lui les découvre, résultat, le Candide chez les Yakuzas, c’est beaucoup lui, c’est un peu nous aussi.

Au final c’est un excellent ouvrage qui nous apprend beaucoup de choses, qui nous fait découvrir la face cachée du Japon, à condition de pouvoir supporter la personnalité de l’auteur.

Pour ma part, je l’ai trouvé passionnant. Je vous invite à le découvrir, vraiment.

Allez, tchuB !

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