La vraie vie – Adeline Dieudonné

Adeline Dieudonné n’est pas la fille de qui-vous-savez mais de Pierre Dieudonné. Elle possède une page wikipédia qui nous apprend qu’elle est belge, jeune, plutôt jolie et qu’elle écrit depuis un moment.
Elle vient de commettre un roman intitulé « La vraie vie ». Succès critique, applaudissements, succès commercial, c’est avec curiosité que je me suis plongé dedans.

De quoi ça parle ?

« C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour. »

Qu’est-ce que j’en ai pensé ?

Au niveau du contenu, nombre d’articles résument l’histoire à une tranche de vie d’une famille belge, une famille déficiente, dans laquelle une petite fille va tenter de survivre. Le thème est limpide, mais l’exécution est magistrale (on pense à Chanson douce de Slimani).

Au niveau du style, c’est un roman à la première personne, qui va à l’essentiel, qui évolue avec l’âge de l’héroïne. Sa force n’est pas tant dans l’immersion du personnage principal que dans la tension qu’Adeline parvient à créer. De la magie de l’enfance, mâtinée de peur familiale, à l’adolescence flamboyante, où l’héroïne se révèle et s’extirpe de son destin, les pages se suivent tout en instaurant une ambiance pesante, oppressante, qui tend vers un drame qu’on devine. On ignore quand il aura lieu, mais on sait qu’il est inéluctable. Les parenthèses plus légères permettent d’ailleurs de reprendre un peu d’air, avant d’y retourner.
Autrement dit, à la lecture, on s’identifie à l’héroïne, on ressent ce qu’elle ressent, on vit ses espoirs, ses défaites et on ressent bien ses craintes.

La vraie vie, au fond, dans ce roman, est une sorte de peinture. Le roman apporte des touches de couleurs qui se succèdent, un rêve d’enfance, une traumatisme, un espoir puéril, un apprentissage complexe, la découverte de la féminité, les premiers jobs, les premiers amours, l’émancipation. Toutes ces touches mettent en scène la bascule d’un être lors du passage de l’enfance à l’âge adulte. Cette période est souvent chaotique, souvent explosive, et nombre d’entres nous en sort avec des cicatrices. Mais malgré les difficultés, l’héroïne survit.

Au fond, l’espoir porté par le livre se résume à ce besoin de survivre, cet instinct de survie, qui nous pousse à nous surpasser, à nous révéler.

Ce livre est une petite pépite qui mérite d’être lu. Il n’est pas un page turner qui vous filera la banane, mais il vous remuera un peu les tripes et il laissera sans doute dans votre mémoire comme une cicatrice. Celle d’un coup reçu un soir, sans s’y attendre, alors que vous vous apprêtiez à manger tranquillement en famille.

Allez TchuB.

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