Échange avec Laurent Aldon

J’ai découvert Laurent Aldon sur Linkedin. On a fait connaissance – il est sympa, il m’a parlé de son ouvrage – qui est sympa aussi – : « Innovation Pédagogique, Serious Gaming et Game Design ». 


Avec un titre pareil, je me jette dessus, sur le livre. Et je commence à le lire.

Lecture terminée, je propose à Laurent de répondre à quelques questions qui me taraudent. 

C’est avec gentillesse qu’il se prête au jeu malgré ce troisième confinement :

La ludopédagogie et toi : Alvarez raconte que c’est sa trajectoire personnelle qui l’a amené à travailler sur le sujet. Dans ton cas, comment c’est fait ce rapprochement ?

Comme je le souligne dans le livre c’est tout un faisceau de circonstances : Un étudiant qui me fait découvrir les cartes de prototypage Arduino. Ces mêmes cartes font fonctionner les premières imprimantes 3D que nous avons mis à disposition des étudiants en utilisation libre et en assemblage en mini projet sur l’année. Les étudiants pouvaient ainsi s’initier à la programmation avec un but précis. Celui de fabriquer les pièces qu’ils avaient concus. Ensuite, c’est la création d’un nouvel espace de travail le Learning Lab, où il était possible aux enseignants de tester de nouvelles approches pédagogiques. C’est à ce moment là que tout c’est accéléré avec l’introduction d’un jeu de 7 familles pour sensibiliser les étudiants aux différentes propriétés des matériaux, les ordres de grandeur et les unités. Puis un « Material Pursuit » et enfin « Grow My Planet » pour le chapitre sur le recyclage des métaux et l’éco-conception. Mais ce qui m’a pris le plus de temps c’est le jeu de rôles « Hack and jaM » avec les nombreux playtests et les modifications de règles pour proposer une activité aboutie et appréciée.

J’ai beaucoup aimé le passage sur Moodle. Est-ce à dire qu’on peut utiliser la ludopédagogie partout ? avec n’importe quoi ?

Dans le contexte COVID je n’ai pas pu sortir mes boîtes et j’ai adapté avec plus ou moins de succès certains jeux sur l’Espace Numérique de Travail. Mais on perd beaucoup avec la dynamique du présentiel !

Le passage sur les profils de joueurs m’a particulièrement marqué : tu as pris les profils de joueurs pour les calquer sur des profils d’apprenants. D’où vient ce rapprochement ?  

C’est la typologie de Bartle qui m’a inspiré ! Comment faire pour que mes étudiants deviennent « accroc » à mes cours ? Qu’est ce qui marche dans les jeux et comment transformer ça pour l’enseignement. Et on retombe sur des approches éprouvées qui fonctionnent dans les formations techniques comme les travaux pratiques où des petits groupes apprennent ensemble en s’entraidant, en manipulant. Car on retient ce que l’on fait. 

On met souvent en avant le jeu de rôle pour ses compétences douces (soft skills). Est-ce qu’on peut apprendre des compétences techniques grâce à un jeu ? 

Dans mon JdR « Hack and jaM », mes étudiants découvrent comment connecter des composants, des capteurs, des actionneurs et comment programmer des cartes de prototypage Arduino. 

Tu mets en avant le jeu pour « le développement de compétences transversales ». Est-ce un troisième type de compétence ? Comment tu les situes par rapport aux deux premières ?

Compétences transversales, c’est le terme français pour décrire les soft skills. La résolution de problèmes complexes, la collaboration, le partage, l’entraide, la communication sont autant de compétences transversales. 

Dans les jeux, il y a souvent une décontextualisation. On vient « métaphorer » ou modifier le contexte pour que l’apprenant se dégage de la pression d’échouer. Mais tu dis : « attention, il faut que ce soit contextualisé. » Alors, c’est de la décontextualisation contextualisée ? 🙂

Le jeu permet la simulation. Lorsqu’on entre dans le cercle magique de jeu on accepte implicitement des règles et le temps ne s’écoule pas de la même façon que dans la vraie vie. Au Monopoly, on achète une maison en lançant un dé et en payant dans la foulée. Alors qu’acheter une maison nécessité en réalité plusieurs mois avec divers acteurs (agent immobilier ou vendeur, banquier, notaire…) 

Quand le jeu est pédagogique, l’apprenant doit avoir retenu quelque chose en fin de partie. Et c’est là qu’intervient la recontextualisation. Le jeu a simplifié une réalité. Le debriefing en fin de partie permet de redonner du cadre et du sens. Pourquoi j’ai fait ceci et cela ? Dans quel but ? Pour qui ? Pourrais-je remobiliser ces apprentissages ou ces nouvelles connaissances dans le futur ? 

Il y a dans ton témoignage, car ton livre par moment donne un peu l’impression d’en être un, l’importance du test et de l’échec. On sent derrière qu’utiliser la ludopédagogie, c’est complexe, ça nécessite de la finesse, mais aussi, une certaine forme d’engagement, de courage, d’entêtement presque. Tu trouves la ludopédagogie difficile ? Exigeante ?

Oui, c’est surtout chronophage ! Et cela demande une réelle expertise. On ne peut raisonnablement se lancer qu’en étant « bon » pédagogue, avec une maîtrise de son cours. On adapte juste la façon de présenter les choses « autrement ». Il faut être aussi rebelle. Pour moi c’est facile. Je suis un chimiste parachuté dans un univers de mécanicien. Il m’a fallu bien 5 à 6 ans pour assimiler des notions nouvelles et un vocabulaire technique. Mais comme beaucoup de chimiste, j’ai l’habitude de décrire des concept complexe par des idées, des images plus simple à appréhender, à retenir. 

Et lorsqu’on réfléchit au design de ses jeux, on a toujours en tête le schéma qui va bien, la structure du cours, l’enchaînement des idées, des mots clés.

J’ai beaucoup aimé la fin de l’ouvrage qui est très dans le concret. On a l’impression que faire de la ludopédagogie, c’est fabriquer soi même des dispositifs ludopégagogique. Plateau de jeu, cartes, pions, plastifeuses, même boites de rangement, tu as quelque chose à dire sur ce sujet ? Tu es devenu un McGyver ?

Là aussi, c’est mon utilisation de Linux et surtout de LaTeX pour la rédaction de mes documents qui a facilité de travail de création, avec la programmation de scripts en Python pour la génération des jeux de cartes. Quand je pose mes boîtes de jeu sur les tables c’est l’effet « wow » garanti. Je ne suis pas certain qu’avec des jeux « vidéo » j’aurais eu le même taux d’engagement de mes étudiants. 

J’ai toujours aimé bricolé. Et je suis curieux de tout… Astronomie, Botanique, Mathématique,…

Un dernier mot : grâce à ton ouvrage j’ai découvert la mécatronique. Merci pour cet échange:)

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