Fondation – Asimov – Question d’une adaptation

La nouvelle est tombée au cours du mois d’avril, Fondation d’asimov sera adaptée en série télé par Apple.
Fondation et série télé.
En terme de concept, l’adaptation doit relever des défis intéressants (et casse-gueules).

On va les dérouler dans l’ordre :

Des sauts dans le temps
Fondation est composée d’une série de nouvelles qui chacune se déroule a une époque particulière.
En réalité cette construction vient de l’origine de l’oeuvre, publiée dans des pulps de manière épisodique, les nouvelles ont été rassemblées et en partie réécrites pour former un texte cohérent.
Reste qu’au final, chaque nouvelle est un bloc qui possède une atmosphère propre, des personnages spécifiques et une intrigue quasi-fermée. Seuls liens conducteurs entre ces différents volets, l’Histoire qui avance, avec une logique implacable, et le professeur Seldon qui l’a prévu grâce à la psychohistoire.
De là, on sent poindre les ennuis pour les scénaristes.

Pas de héros principal
La structure même de l’oeuvre s’attache à l’apparition d’une crise et à sa résolution. Les personnages de chaque période, pour résoudre cette crise, font confiance, ou doute, de ce que Seldon a prévu. L’enjeu est donc d’affronter les crises Seldon, d’y survivre, pour assurer la survie de la Fondation.
Mais chaque nouvelle est fermée sur elle-même.
On ne peut pas utiliser Vogel pour construire ce genre d’adaptation. A la rigueur, si on devait choisir un personnage principal, on pourrait artificiellement s’attarder sur Seldon, mais ce serait insatisfaisant, parce qu’au fond, au coeur du récit, le personnage principal est la fondation. On pourrait aussi choisir l’humanité comme personnage principal, parce qu’au coeur de l’oeuvre, c’est son évolution historique qu’Asimov décrit. A ce propos, on peut souligner l’intelligence de son récit, qui analyse tantôt la place de la religion dans une société, tantôt celle du commerce. Et de mettre en avant les forces et les faiblesses de chaque système, les uns se succédant aux autres, mais pour un temps déterminer.
Bref, on a au final : soit un fantôme, soit un lieu, un groupe voire une espèce.
Au fond, rien qui permet une empathie forte.
Ce sentiment est renforcé par le fait que les « héros » de chaque époque, résolvent finalement, assez facilement les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Du coup, difficile de faire « monter le lait », de vendre du suspens, d’accrocher le spectateur avec des artifices type rebondissements à n’en plus finir, massacre à la tronçonneuse atomique ou enquête horrible maintenant l’attention.
Le travail consistera peut-être à casser la timeline pour entremêler les intrigues… comme on l’a vu dans Cloud Atlas… Peut-être.
Mais cette solution pose un autre soucis…

Un lieu identique
L’action se déroule une bonne partie du temps sur Terminus (dans ce premier tome), et exploiter un lieu unique à différentes époques peut désorienter. Le roman est construit en phases successives. Pas de doute sur le « à quel moment on en est ». D’autant que chaque phase repose sur une ambiance spécifique : technique, religieuse, commerciale, etc. On peut imaginer des couleurs, des vêtements, des décors retravaillés pour chaque époque. Reste que faute de « héros », on risque de se retrouver face à une galerie de personnages plus effrayante que dans Game of Throne…
D’autant que y a moins de morts…

L’intention de l’oeuvre
En lisant Fondation, je n’avais pas l’impression de lire un bouquin futuriste mais plutôt une démonstration que l’humanité fonctionne par cycle, qu’en s’installant dans le temps long, on pouvait retrouver des cycles disparus revenir et répondre à une crise. Par exemple la religion dans la société, qui a un moment sert de lien social, permet de réguler la société, puis qui pert de son influence au profit du commerce. Commerce qui finit par trouver ses limites, et qui permet à un autre système de régulation de s’installer. Jusqu’à en revenir à un moment à la religion. Des cycles qui avancent, mais qui semblent fermés, qui bouclent. Comme si l’humanité n’arrivait pas à se défaire de ses propres démons, et qu’elle finissait toujours par répondre aux problèmes nouveaux avec d’anciennes solutions.

Au sortir de ces quelques points, je suis super curieux de voir comment les scénaristes vont se sortir de ces pièges et quelles réponses vont être trouvées pour faire de cette oeuvre littéraire, un show sympathique et regardable.

D’autant que les derniers qui se sont penchés dessus, ont créé Warhammer 40 000. Leur soluce à eux ? Ils ont tout mélangé pour rassembler les différentes époques en une.
Et bim ! Là ça match direct : des fanatiques religieux, des guildes de commerçants, des aliens et le chaos… Oui OK. Dans W40K, les concepteurs originels prenaient de la bonne 😀

Bon. Qu’ajouter encore… Ah oui, le livre Fondation, est très bien. Sa construction en fait toute sa richesse et les thèmes abordés en font une oeuvre d’une profondeur réjouissante. Je vous le recommande chaudement. La série… ba on verra… plus tard.

Allez, tchuB.

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