C’te blague 2 – Lilian Peschet

– Il nous faudrait plus de thunes.
– Ouep.
Spud.
– De quoi acheter un stock de ouf.
– Ouep.
Un mec pas méchant. Juste paumé.
– Un truc genre convoyeur de fonds. Ou un distributeur de billet.
– Ouep.
Un rêveur, qui fait des plans sur la comète. Incapable de se concentrer.
– Ou une banque, comme dans les films.
– Ouep.
Infoutu de faire quoi que ce soit. Comme chacun de nous.
– Ou chais pas, mais un truc qui rapporte un max quoi.
– Ouep.
La poche se vide peu à peu dans mes veines. Et Spud me semble loin. Flouté. Ralentis. Pour être honnête, je pige rien à ce qu’il balance, et je m’en fous. Je suis bien. Dans mon monde. Où le temps s’écoule. Glisse sur moi. Puis disparait.
– Tu devrais t’en refaire un, dis-je.
Spud parle durant la redescente. Histoire de combler un moment pénible. De s’occuper la tête. De se vider la tête. Incontrôlable. Comme une dhiarrée. Une seule solution pour qu’il la ferme, le faire redécoller.
– Il t’en reste ? J’ai plus rien.
Il m’en reste. Deux. Ou trois. De quoi tenir jusqu’à la fin de semaine. Et après… Et après ? APRES ?
– Ouep. Frigo.
Je suis allongé sur le lit. Je fixe le plafond. L’enduit. Les éclats. Les imperfections. Et les toiles d’araignées. Je vois pas d’araignées. Elles doivent se planquer. Dans un recoin. Loin. Très loin.
Spud se lève. Il progresse jusqu’au frigo.
Je me tourne. Je fixe le mur.
Il prépare le matos. La seringue. Le serum phy.
Et toujours ce mur. immobile. Qui semble limiter la réalité.
Aspiration. Expiration. Puis la perfusion. Le soupire.
Et ce mur. Qui se fissure. Qui laisse entrevoir des trucs. Des lieux. Des gens.
Il s’assoit sur la chaise. Le bras sur la table. La tête en arrière.
Il fait toujours ça.
Et des vies derrière ce mur. Des sons. Des musiques. Des paroles. Des rires. Et des larmes. Je les perçois. Tous.
– Putain de mélange, conclut Spud.
– Ouep.
On a tout essayé. Herbe. Coke. Speed. Mét. Héroine. On a pas touché à la crocodile. Pas qu’on était lucide, non. Juste, y avait ce nouveau truc à la place. Plus cher, mais plus efficace. Pas efficace, mais plus… Enfin mieux quoi.
– C’est top…
– Ouep.
C’est dur à expliquer. On monte. Tout ralenti. On se sent bien. Juste que tout est lent autour de nous. On a l’impression d’aller à mille à l’heure. Les autres à deux. Puis en haut, on sent son cerveau s’ouvrir. Perceptions plus grandes. Intelligence décuplée. On est comme des Dieux. Non, on est des Dieux. On sait tout. On comprend tout. On est tout. On surplombe cette misérable humanité.
– De la thune quoi.
– Nop.
Mais y la redescente. On ralentit. On se sent mal. On crève. On redevient une merde. Plus petite même qu’avant la montée. On brûle. On se carbonise de l’intérieur. On devient cendre. Poussière.
Alors on pense qu’à un truc. Un seul truc.
– Il nous faut du sang. Beaucoup de sang.
Remonter. Redevenir des Dieux.
– Pas faux, reconnait Spud.
Et pour ça, il nous faut de nouvelles poches, pleines de sang. Dans lesquelles on ajoutera la drogue.
– Quand t’auras fini, on ira chasser.
Parce que c’est comme ça qu’elle se prend. Dans du sang. Pour limiter l’hémolyse.
Je fixe le mur. Toujours ce mur.
Et lui éclate de rire. Sa tête toujours en arrière.

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