Raconter Raconter la vie – Pauline Miel

Raconter la vie est un projet que je suis depuis le début. Tout d’abord parce qu’il s’agit d’une aventure littéraire, mais surtout parce qu’il s’agit d’une expérience citoyenne. Du coup, j’ai lu les livres vendus dans le commerce, et je me suis laissé tentater par des récits disponibles en ligne..
Et quelle claque !
Des récits touchants, explicites, vivants, d’une incroyable qualité, avec des narrations, des styles, aussi variés qu’efficaces.
Résultat, je me suis passionné plus encore pour cette expérience.
Résultat bis, je me suis demandé comment tout cette aventure fonctionnait.
Résultat tres, j’ai demandé aux intéressés de me l’expliquer.
Allons-y joyeusement.

—-> Ici comment l’interview <—-

Pauline, pourrais-tu te présenter aux dix lecteurs de ce site ?
J’ai fait des études d’édition et de littérature allemande à Paris et Berlin. Avant, je faisais des livres ; maintenant je participe à un projet politique et littéraire.

Quel est ton rôle dans Raconter la vie ?
Je suis web éditrice pour Raconter la vie. J’ai collaboré à la création du site internet (http://raconterlavie.fr/) et la constitution de la communauté en ligne (http://raconterlavie.fr/communaute/). Je m’occupe des récits des membres (http://raconterlavie.fr/recits/ ) : je les sollicite puis les édite. Pauline Peretz (directrice éditoriale) et Pierre Rosanvallon (directeur) travaillent sur la collection de livres que nous publions (http://raconterlavie.fr/collection/) – nous sommes une filiale du Seuil.

Raconter la vie est un projet fou (note en passant, j’adore les projets fous). Comment t’es-tu retrouvée dans cette aventure ?
Fou, je ne sais pas. Ambitieux et novateur, clairement. J’étais assistante éditoriale chez Alma éditeur où j’ai rencontré Pauline Peretz qui y a publié un livre collectif sur l’Affaire Dreyfus et qui faisait partie du comité de lecture. Puis elle m’a fait rencontrer Pierre Rosanvallon, avec qui elle travaillait sur le projet depuis 2 ans déjà. J’ai immédiatement aimé l’idée. Alors j’ai signé.

Ce projet vise à donner la parole aux invisibles. Où les trouve-t-on (puisqu’ils sont invisibles) ? Prennent-ils volontiers la parole ? (Vous avez le nombre total de participations ? La taille moyenne des participations ?)
Certains d’entre eux ont déjà un blog ou un projet qui fait écho au nôtre, je les contacte par ce biais-là. Je lance aussi régulièrement des appels à témoignages sur nos réseaux sociaux (facebook : https://www.facebook.com/raconterlavie?ref_type=bookmark + twitter : https://twitter.com/raconterlavie) et garde les yeux ouverts, au quotidien, pour rencontrer les gens, leur parler du projet et j’essaye de les convaincre d’écrire un texte. Pour ceux réellement allergiques à la forme écrite, nous sommes en train de développer un autre prisme de témoignage : celui de l’oral. A la rentrée, j’espère, les membres de Raconter la vie pourront déposer une piste audio directement sur le site.
Au bout de 5 mois d’existence, plus de 220 récits sont publiés en ligne, de longueur variable. Pour aiguiller le lecteur, la durée de lecture est estimée sur la page de chaque récit.

Et cette prise de parole t’as-t-elle révélé quelque chose ? (sur le langage, la narration, l’envie d’écrire ou de se raconter des individus par exemple)
Souvent, la réaction première est la même : « Je n’ai rien à dire d’intéressant et je ne sais pas bien écrire. » Quand les gens que je rencontre acceptent timidement de se raconter, en fonction de leurs dires, je leur propose un thème et un accompagnement littéraire. J’ai constaté que les termes « édition » et « littérature » font peur ; par leur grandiloquence. D’ailleurs je ne les dis plus, je les remplace par « communauté en ligne » et « récits de vie ». J’ai vu des fulgurances singulières dans les proses, de réelles ampleurs romanesques. Et j’ai appris, surtout. Le langage est aussi multiple que les histoires.

Souvent les témoignages mis en ligne sont très efficaces, touchants, éditorialement impeccables… Avoues, il y a une équipe derrière tout ça. Combien sont-ils ?
Je suis la seule employée de Raconter la vie à être à temps complet et à m’occuper du site (avec le développeur qui travaille ponctuellement à distance). Une équipe de 54 « éditeurs communautaires » bénévoles (ils sont tous membres du site, parfois aussi auteurs de récits en ligne) m’aident et font une première lecture du texte. Après, je repense le titre comme la structure et travaille en lien avec l’auteur.

Et pendant que nous y sommes, une guerre a lieu en ce moment, opposant en France le papier au numérique. Raconter la vie est l’une des rares tentatives qui joue la complémentarité. Vous ne vouliez vraiment pas choisir un camp ?
Je pense surtout qu’il serait réducteur de choisir un camp. Pour moi, le numérique offre un autre support de lecture. Et dans la vie, en général, je préfère toujours avoir le choix. L’espace numérique est vaste et s’adapte à des logiques différentes.
Tous les textes de notre collection sont disponibles en format papier et numérique –comme c’est le cas pour la majorité des maisons d’édition en France aujourd’hui. L’aspect participatif et communautaire de notre projet ne pouvait s’incarner que sous une forme numérique.

Comment choisissez-vous les participations à publier ?
En fonction du nombre de lectures, des commentaires et surtout du thème abordé. Nous publions 12 livres par an et avons un « cahier des charges » bien précis. Nous souhaitons aborder des thématiques peu traitées dans les médias et réfléchir sur des idées silencieuses. Le sujet est vraiment primordial.

N’avez-vous pas peur que certains tentent d’écrire la participation ultime pour se retrouver sur les étales des libraires ? Pour devenir célèbre !
Peur ? Non, vraiment pas. Je comprendrais aisément l’action. Nous sommes une maison d’édition autant qu’un site participatif ; cela me semble cohérent que certains membres aient de réelles velléités littéraires et souhaitent parfois être publiés en papier.

D’ailleurs, comment gérez-vous (ou détectez-vous) le(s) mensonge(s) ? (Respectez-vous la convention de Genève ?)
Je ne les gère tout simplement pas. Je ne suis pas là pour vérifier la véracité de tous les propos, à la différence des journalistes. Puis, écrire, c’est retranscrire, donc aussi un peu transformer, non ?

La charte de Raconter la vie est très claire sur les propos acceptés et refusés. N’est-ce pas se priver de propos de plus en plus visibles qui pourrait être présenté avec une médiation, pour les déconstruire ? Je pense à des thèmes tels que la xénophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie, ou le mariage pour tous. Ce dernier étant délicat puisque légal, mais incitant un tout petit peu à la haine quand même…
Nous ne publions pas d’avis d’opinion ni de manifeste. Et il y a d’autres lieux pour des débats et expressions d’une conviction liée à l’actualité, les pure player par exemple.

L’outil de lecture en ligne est formidable ! Bravo. A ce propos, vous avez beaucoup de lecteurs ? (Les gens sont vraiment curieux de leurs contemporains ?)
Merci ! Au début, on ne pouvait lire qu’en PDF. Désormais, on peut lire en epub et sur son smartphone. Des lecteurs ? Oui, nous en avons « beaucoup »…

Au final, Raconter la vie, c’est déjà un succès ?
Il serait trop tôt d’esquisser une réponse au bout de seulement 5 mois d’existence. Disons que nous sommes ravis de la forme du site et de son contenu.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
Que le site ne cesse d’évoluer, de développer des témoignages oraux et picturaux, d’ambitieux partenariats ; etc. Ce genre de réjouissances.

Et que fait l’Europe ? Cette initiative contamine-t-elle ou va-t-elle contaminer d’autres pays ?
La Suisse (l’émission de radio « Vacarme », sur RTS), la Belgique (Le Soir), l’Allemagne (Deutschland Radio Kultur, Le Goethe Institut et Die Welt) et les Etats-Unis (Howard S. Becker sur Public Books) nous manifestent de l’intérêt et ont signifié leur soutien. A voir, donc…

—-> Ici finit l’interview <—-

Pauline m’a demandé de Raconter ma vie.

Ma vie…
C’est la grande oubliée lorsque j’écris : j’évite soigneusement de la mettre en scène, je cloisonne, j’isole.
Ma vie…
Elle est comme toutes les autres. Ni plus belle, ni plus moche. Ni plus facile, ni plus difficile. J’ai l’intime conviction, qu’elle n’est pas intéressante pour ce qu’elle est, parce qu’au fond, c’est un peu la vie de tout le monde.
Et pourtant, en lisant les témoignages de Raconter la vie, je me suis aperçu que :
– chaque vie pouvait compter,
– chaque vie pouvait être racontée,
– chaque vie portait en elle suffisamment de densité pour intéresser, faire découvrir, ou faire vibrer le lecteur.

Du coup, je réfléchis à sa proposition.

Et toi, qui lis ces lignes, tu devrais y réfléchir aussi. Parce que ta vie est aussi importante. Et que ta voix mériterait d’être entendue.

Ps : Merci Pauline d’avoir pu me consacrer un peu de temps 🙂

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